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Les débats en jeu de rôle

vendredi 13 mars 2009,  par Christine Partoune

A propos du débat en jeu de rôle

Objectifs généraux d’apprentissage :
-  participer à un débat en défendant la position d’un acteur particulier, et non sa propre opinion ;
-  s’approprier les modalités spécifiques à différentes formes de débat.

Les habiletés à développer Par l’intermédiaire de la participation à un débat, deux types d’habiletés peuvent être développées : des habiletés cognitives et des habiletés sociales. Ces habiletés peuvent être individuelles (que l’on peut acquérir isolément) ou collectives (qui s’acquièrent via les interactions avec d’autres personnes).

Le tableau suivant permet de situer le degré de difficulté proposé aux élèves et de prévoir une progression dans les apprentissages, en fonction de la forme du débat choisie.

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Habiletés cognitives et sociales
Source : Abrami P. C., Chambers B., Poulsen C., De Simone C., d’Apollonia S., Howden J. , 1996. L’apprentissage coopératif, Théories, méthodes, activités, Montréal, Les Éditions de la Chenelière.

Une des particularités du débat en jeu de rôle est de renforcer une habileté sociale particulière, l’empathie, à savoir la capacité à se mettre à la place de quelqu’un d’autre. Dans un jeu de rôle au sens strict, en effet, les participants incarnent un acteur déterminé et disposent d’informations à son sujet qui contraignent pour partie l’interprétation du personnage.

La qualité de la création des rôles et de la conduite du débat font qu’un jeu de rôle est vraiment un jeu, à savoir une forme pédagogique sensée procurer du plaisir, du fait d’incarner un rôle particulier. Cette fonction est en effet potentiellement libératoire : les joueurs sont protégés par le rôle, ils ne sont pas amenés à exposer leurs propres idées, ils ne prennent donc pas le risque d’être jugés sur le fond ; en outre, ils peuvent choisir pour partie le caractère de leur personnage et décider d’adopter une attitude très différente de celle qui leur est familière.

Les formes de débat

Différentes formes de débat sont envisageables, par exemples le panel d’expert lors d’un colloque scientifique, le talk-show télévisé, le débat parlementaire (ou autre institution/organisation internationale), la Commission consultative d’aménagement du territoire (CCAT), etc...

Exemples :

-  Jeu de rôle sur le thème de l’intégration de la Turquie à L’Union européenne.

Le choix de la forme dicte le ton, le langage « convenu » et la manière dont le débat est mené.

Une personne assume le rôle d’animateur/président du débat. Il lui incombe non seulement de veiller à faire aboutir le débat dans le temps imparti, mais aussi de rappeler les règles de participation au débat éventuellement énoncées en début de séance, ainsi que les conventions culturelles en fonction de la forme choisie (voir infra). Ce rôle peut être tenu par le professeur, par une personne extérieure ou par un élève.

Exemples de règles et conventions :

- Le panel d’experts lors d’un colloque scientifique

Souvent, un colloque scientifique se déroule en deux temps : une première partie d’exposés, puis un débat entre experts (panel), éventuellement ouvert aux questions de la salle.

Un colloque est généralement présidé par un expert/scientifique qui connaît ses invités et veille à mettre leurs compétences en valeur. Il les accueille chaleureusement en faisant référence à leur terrain de connivence.

Les intervenants sont installés à une table. Une étiquette avec le nom des intervenants est prévue pour chacun. Pour eux, l’enjeu est principalement d’être brillants sur le plan scientifique (scoop au niveau des données, originalité de l’expérimentation, pertinence de l’analyse, validité des preuves,...).

Le ton est retenu, la politesse va de soi, personne ne prend la parole sans y avoir été invité par le/la président(e) de séance, qui la distribue selon un ordre convenu et annoncé en début de séance.

Lors de la première partie, les intervenants sont informés du temps qui leur est accordé pour leur exposé. Leur communication peut être soutenue par la projection d’images ou de posters scientifiques. Le président leur signifie (avec souplesse mais fermement) quand le temps est écoulé, mais attend que l’orateur achève son intervention.

Lors du débat, la parole est distribuée dans l’ordre chronologique des demandes d’intervention. Chaque intervenant veille à s’autodiscipliner, pour ne pas monopoliser la parole. Quelques minutes avant la fin, les questions/interventions de la salle sont réduites et canalisées (prendre plusieurs questions en même temps) ; le président de séance demande qui souhaite répondre à la question.

Les propos des intervenants sont mesurés et nuancés, la reconnaissance de la qualité des interventions des uns et des autres est exprimée (covalidation), les arguments sont étayés par des expériences ou des travaux de terrain, des auteurs réputés sont cités pour appuyer les propos, etc. Le jargon scientifique est de mise : des termes spécialisés sont attendus dans les propos tenus ; ils ne seront pas expliqués en séance.

Dans cette forme de débat, relativement paisible, les élèves peuvent plus facilement se concentrer sur la qualité de la réflexion et de l’argumentation au niveau du fond (habiletés cognitives) que sur les interactions (habiletés sociales).

- Le talk-show télévisé

L’animateur est un journaliste, soucieux de la qualité du débat, mais aussi (et parfois surtout) que son émission fasse de l’audimat. Il installe ses invités selon un « plan de bataille », pour une lecture plus facile des points de vue adoptés par le téléspectateur : les « alliés » sont côte à côte, face à leurs « opposants », ou alors les invités sont regroupés par types d’acteurs (les politiciens, les syndicats, ...).

Les intervenants sont le plus souvent installés dans un « salon ouvert » en demi-cercle. Pour eux, l’enjeu est de faire passer leur message au public et de profiter de la moindre occasion pour le faire.

Il n’y a pas d’exposé formel. On passe directement au débat. L’animateur va d’abord distribuer la parole dans un ordre déterminé, en commençant par une intervention « chaude » (un acteur qui pose le problème). Il alterne les interventions entre camps qui ont des visions opposées. Il cherche à « faire bouillir la marmite ». L’animateur est chargé d’interrompre l’orateur pour passer la parole à quelqu’un d’autre. Il est soucieux que les téléspectateurs comprennent bien ce que l’on dit sur le plateau. Il relève donc systématiquement les termes spécialisés et les fait expliciter, ou demande de donner des exemples concrets. Il veille à ce que les interventions soient très courtes et rappelle régulièrement la nécessité de synthétiser son point de vue (« en 30 secondes », « en une phrase », ...).

Le ton est plus libre, parfois agressif. Le langage est varié, le vocabulaire aussi. Certains acteurs cherchent à monopoliser la parole le plus longtemps possible, cherchent à couper la parole aux autres, font du chahut... Le rôle de l’animateur est plus difficile : il doit faire preuve de plus d’autorité.

Dans cette forme de débat, plus difficile à gérer et à vivre, l’apprentissage est tout autant centré sur les habiletés sociales (apprendre à prendre sa place, à ne pas se laisser désarçonner/à désarçonner l’autre, à ne pas s’emballer,...) que cognitives (rebondir sur l’idée d’un des interlocuteurs, trouver la faille, faire dévier le débat pour l’amener sur un terrain favorable à son point de vue,...). C’est une forme de débat où l’enjeu d’arriver à développer des habiletés collectives de haut niveau est le plus fort : le risque de dérapage est grand, mais les participants peuvent sortir du débat en ayant dépassé l’expression de leurs points de vue pour l’élargir grâce aux autres.

- Un sommet international

Les sommets internationaux sont des événements à l’issue desquels une série de votes sont attendus, sur des règles internationales. Les participants sont des représentants des états : ministres, chefs de gouvernement, députés, ... La présidence est assurée par un représentant d’un des états, désigné à titre temporaire, ou par la personne qui assure la présidence. Exemples de sommets ou conférences de ce type : G8, ONU, OMC, sommets européens, OTAN, ...

Les participants sont de préférence installés autour de la même table, éventuellement en deux cercles. Certains participants ou groupes de participants ont déposé une proposition et cherchent à rallier le plus grand nombre de pays à leur point de vue.

Le sommet se déroule en trois temps :
-  un premier temps de présentation des propositions (règles, amendements aux règles) et de débat ;
-  un second temps informel (contacts en dehors de l’enceinte formelle) ;
-  un troisième temps de vote.

Les règles régissant le vote sont rappelées au départ. Elles dépendent du type de sommet considéré (poids des pays, conditions pour qu’une proposition passe, droit de veto...).

L’essentiel des tractations se passe durant la seconde phase (alliances, accords bilatéraux, ...). L’intérêt du jeu de rôle est de mettre en évidence la face cachée des sommets.

Suggestion de déroulement en 6 heures de cours

(à partir d’une proposition de Jean-Pierre Meyniac)

➢ 1 séance pour planter le décor :

-  Phase d’accrochage, recueil de réactions et émergence d’un questionnement, identification de sujets de débat.

-  Choix du sujet du débat, de la forme du débat et des rôles à incarner ; explications générales par le professeur (façon dont le débat va se dérouler, ressources disponibles pour les recherches, timing).

-  Attribution des rôles (soit par tirage au sort, soit par choix des élèves).

-  Organisation des recherches pour récolter des informations complémentaires sur le contexte et les missions imparties aux différents acteurs représentés.

Le professeur rédigera une synthèse de cette séance qui sera remise dès le cours suivant.

➢ 2 séances pour mener les recherches, à 15 jours d’intervalle.

-  Soit les élèves travaillent à partir d’un portefeuille documentaire fourni par l’enseignant (documents, vidéos, sites internet sélectionnés) : l’objectif est centré sur la sélection et le traitement de l’information disponible.
-  Soit les élèves sont chargés de trouver l’information au CDI.

Les 15 jours d’intervalle permettent aux élèves d’effectuer la partie individuelle du travail chez eux (fiches de dépouillement des sources et synthèses), réservant les séances de cours à la mise en commun des informations et à la négociation de la stratégie argumentaire.

A l’issue du travail de recherche, une fiche-synthèse pour chaque rôle est remise au professeur.

➢ 1 séance d’aide à la finalisation du travail.

Le professeur remet aux élèves les fiches-synthèses corrigées. Les élèves ajustent éventuellement leur argumentation (rectifier les erreurs, compléter, préciser...) et se mettent d’accord sur le rôle de chacun au moment du débat.

➢ 1 séance consacrée au débat.

➢ 1 séance de synthèse (organigramme des acteurs)

Consignes pour le travail de recherche (individuel ou en groupe

Travail de recherche pour préparer l’argumentation en vue du jeu de rôle

Vous allez mener un travail de recherche afin de préparer un débat sur le thème ..........................................................................

Vous y incarnerez le rôle de ..........................................................................

Les tâches :
-  Faire une recherche afin de constituer un argumentaire susceptible d’étayer la position à tenir.
-  Réaliser une fiche-synthèse (un A4 recto/verso au traitement de texte - Arial corps 12) contenant obligatoirement :

o votre position, exprimée sous la forme d’une ou deux phrases claires ;

o 3 arguments, exprimés sous la formes de 2 ou 3 phrases claires pour chacun d’eux ;

o 1 document choisi pour illustrer votre propos (en géographie : une carte, de préférence) et commenté en une quinzaine de lignes ;

o les sources : au moins 5 références précises : articles, URL, ouvrages...

Echéance pour la remise de la fiche-synthèse : ...

L’évaluation et les critères (simplifiés) proposés par Jean-Pierre Meyniac

Pour chaque critère, il appartiendra au professeur de préciser les indicateurs appropriés, en fonction de ses élèves, des objectifs poursuivis et du niveau de ses exigences.

La fiche synthèse sera notée par le professeur et la note sera modifiée par le comportement lors du débat.

La synthèse La fiche a-t-elle été réalisée dans les délais ? Les consignes sont-elles respectées ? Les arguments sont-ils pertinents ? Le document choisi est-il pertinent ? Le commentaire de ce document est-il pertinent ? Les sources sont-elles pertinentes ?

Le débat Le rôle a-t-il été tenu de façon pertinente ? L’ensemble est-il conforme au rôle et complet ? Le groupe a-t-il tenu son rôle ? Le groupe a-t-il participé au débat ? Cette participation fut-elle pertinente ? Les comportements de débatteurs ont-ils été pertinents ?

Un exemple d’exploitation d’un jeu de rôle : l’analyse du jeu des acteurs

En géographie, l’intérêt des jeux de rôle est notamment de pouvoir mettre en évidence le jeu des acteurs sur un territoire donné. Un acteur est défini comme une personne qui intervient dans le processus de gestion de l’espace, processus dans lequel il possède une autonomie d’initiative ou de réaction. L’acteur peut être une personne physique ou morale.

Au sein d’un groupe d’acteurs, on distingue : * L’acteur direct, qui agit matériellement et physiquement sur le territoire considéré ; * L’acteur indirect qui agit, de par ses choix, sur la gestion du territoire en influençant les autres acteurs directs.

On peut aussi distinguer pour un même acteur son implication au niveau professionnel et au niveau personnel.

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Acteurs directs et indirects

Vincent Piveteau (ENGREF) a proposé une grille de lecture intéressante pour analyser le jeu des acteurs, qu’il a appelée la matrice CAPE. Tout comme la classification en acteurs directs et indirects, cette grille est aussi un outil d’aide à la décision pour lister les rôles intéressants à proposer.

La matrice CAPE comporte deux portes d’entrée :

-  le caractère interne ou externe de l’acteur par rapport au territoire considéré ; − le caractère régulateur ou non régulateur de l’acteur par rapport aux enjeux qui se posent sur le territoire.

Pour l’acteur interne, la micro région est son espace de référence (espace économique et social dominant) ; pour l’acteur externe, qui est souvent un acteur multirégional, la micro région est un espace parmi d’autres le concernant, il a donc une action sur la zone sans y résider ou participer au débat local.

-  Le régulateur a la volonté de préserver l’équilibre global de la zone et de maintenir son autonomie ;
-  Le non régulateur pousse à fond sa propre logique sur le milieu et n’a aucun projet vis-à-vis de la zone.

Le croisement de ces 2 critères permet de déterminer 4 profils d’acteurs :

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La matrice CAPE
Auteur : Vincent Piveteau.

C : L’acteur collectif appartient à un groupe professionnel ou social qui a un projet commun, explicite et négocié pour la zone.

A : L’acteur arbitre a une vision globale, cherche à réguler tout en restant extérieur à la micro - région.

P : L’acteur privatif agit à titre individuel et refuse l’idée d’une action collective.

E : L’acteur extérieur agit à titre individuel et peut si nécessaire changer de territoire pour assurer son activité. Il apporte l’ouverture, le regard extérieur et l’innovation.

Ces quatre types d’acteurs sont nécessaires au système, il faut un équilibre entre eux pour la mise en place efficace d’un projet dans un territoire.

Il s’avère parfois qu’un acteur sensé être régulateur de par ses missions se retrouve plutôt non régulateur, ce qui est un indicateur d’un dysfonctionnement (exemple : un acteur, au départ arbitre, peut quitter son rôle régulateur, vu la difficulté du conflit et basculer dans la catégorie des extérieurs).

Le deuxième intérêt de la matrice est de raisonner l’importance relative de chaque classe et d’évaluer leur poids relatif dans la problématique. Cette évaluation est bien sûr purement qualitative et subjective :
-  le poids relatif ne se raisonne pas en nombre d’acteurs dans chaque classe mais plutôt en termes de prise de position dans la problématique ;
-  la place occupée par chaque acteur dépend pour partie du pouvoir officiellement légitimé qu’il détient dans la problématique, mais aussi du pouvoir que les autres acteurs acceptent de lui reconnaître (légitimation symbolique) ;
-  la place officielle d’un acteur est peut-être en contradiction avec la place officieuse qu’il occupe effectivement (exemple : chef d’Etat également grand propriétaire terrien, davantage soucieux des intérêts personnels qu’il peut retirer d’une négociation) : on peut donc dresser une matrice CAPE du « devant de la scène » et une matrice CAPE « derrière le rideau » ;
-  la perception du poids des autres a au moins autant d’importance que le poids statutaire de chacun : il est donc intéressant de distinguer les deux niveaux, afin d’apprécier le pouvoir socialement effectif de chaque acteur.

Le résultat de cette évaluation peut être visualisé en déformant la matrice CAPE.

Sources

Meyniac J.-P., 2001. Des débats-jeux de rôle - fiche de présentation générale, téléchargeable sur le site de l’Académie de Grenoble.

Piveteau V., 1995. Prospective et territoire : une réflexion sur le jeu, coll. Etudes gestion des territoires, Cemagref.

Ressource sur les jeux en géographie : Le site LUDUS.


 

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