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Sortir du chaos les relations Sud-Sud

lundi 23 novembre 2009,  par Christine Partoune

Cet article, publié dans la revue Traces, rend compte d’un atelier proposé lors d’une journée de rencontre en didactique des sciences/sciences humaines organisée par une équipe de professeurs de l’HELmo (Haute Ecole Liégeoise mosane) en mai 2009.

Apprentis reporters, à vos neurones : il s’agit de démêler faits et informations découverts sur le tas.

L’atelier propose aux participants de vivre une situation-problème expérimentée avec des étudiants du régendat en sciences humaines. Les objectifs d’apprentissage pour les étudiants sont d’entreprendre une démarche de recherche à partir d’une situation énigmatique.

« On imagine que vous êtes journalistes fraîchement engagés par un magazine traitant essentiellement de questions internationales. Afin de tester vos compétences dans le décryptage de l’actualité, la direction vous met à l’épreuve : vous recevez un paquet d’informations factuelles disparates ; il convient de les interpréter en termes d’enjeux et de les relier entre elles ; toutes les informations doivent être prises en compte ; vous devez communiquer votre interprétation des faits et des relations entre eux sous la forme d’un organigramme. »

Conditions d’exécution de la tâche :
-   travail en sous-groupes de 4-5 personnes ;

-   avant de recevoir le matériel, les participants disposent de quelques minutes pour décider de la manière dont ils vont procéder pour mener la tâche à bien au sein de chaque groupe ;

-   matériel scientifique : chaque groupe reçoit un lot d’une dizaine de fiches informatives (en l’occurrence, des informations concernant les relations Chine-Afrique), toutes différentes d’un groupe à l’autre ; chaque fiche est composée d’une image (photo, carte, caricature ou graphique) et d’un petit texte.

-   matériel de communication : une feuille au format A0, des post-it carrés et des post-it en forme de flèches, des marqueurs épais.

-   contraintes pour l’organigramme : sur chaque fiche informative, le(s) enjeux seront exprimés sous forme de mots clés sur un post-it qui ne masquera pas l’image présente sur la fiche ; les post-it carrés peuvent aussi servir à rajouter des « chaînons manquants » entre deux fiches informatives ou à inscrire une question ;

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Photo C.Partoune

-   le timing est précisé.

Ressources collectives :
-   des atlas classiques de 3 maisons d’édition différentes et un atlas des relations internationales ;
-   la possibilité d’envoyer un(e) émissaire dans un autre groupe pendant quelques minutes, une fois la réalisation de l’organigramme largement entamée (au gré de leurs voyages, les journalistes ont l’occasion de rencontrer des collègues et d’échanger leurs points de vue).

Au moment de la restitution, chaque groupe expose son organigramme sans commentaire dans un premier temps (un schéma doit pouvoir être explicite).

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Photo C. Partoune

Les autres journalistes tentent de le comprendre et posent des questions, le cas échéant (demande de précision ou de clarification), puis un membre du groupe commente l’organigramme. Les autres groupes sont invités à exprimer leur avis quant à la pertinence de l’interprétation proposée. Outre la façon d’interpréter les faits, l’analyse critique porte notamment sur le sens des liens exprimés dans chaque organigramme (souvent, de prime abord, les liens sont de nature différente : causalité, appartenance, alliance, inclusion, trajet, ...) : l’exigence d’une plus grande rigueur à cet égard paraît alors évidente. Au fur et à mesure du débat, l’ensemble du groupe liste également les questions qui surgissent et qui restent énigmatiques. Chaque sous-groupe expose enfin la façon dont il a procédé, qui s’avère souvent spécifique.

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Photo C. Partoune

Au cours de cette activité baptisée le kaléidoscope, compte-tenu du support didactique utilisé, les participants sont amenés à parcourir différentes étapes d’un processus de recherche :

-   définir une procédure pour réaliser le travail ;
-   mobiliser leurs connaissances pour interpréter des faits et des images et se poser des questions pour arriver à émettre des hypothèses sur les liens entre des faits ;
-   identifier « ce qui manque pour pouvoir interpréter ou relier les faits » et chercher des informations complémentaires dans les documents à leur disposition ;
-   soumettre leurs interprétations au feu de l’analyse critique « en interne » (au sein de chaque sous-groupe) : confronter les avis - argumenter (débat de preuve) ;
-   avoir le réflexe de s’informer de l’état des recherches dans d’autres lieux (visite dans les autres groupes) ;
-   prendre l’habitude de communiquer l’état d’une réflexion à un tiers avant qu’elle soit « bétonnée » (exposé de l’état de la réflexion aux visiteurs « étrangers » ;
-   communiquer une vision explicite de l’interprétation des faits (en l’occurrence, sous la forme d’un organigramme, commenté oralement) et la soumettre à une « communauté scientifique élargie » (tout le groupe) ;
-   reconsidérer leur vision à la lumière des débats et éventuellement amender leur schéma ;
-   identifier des boîtes noires à ouvrir pour poursuivre la recherche ;
-   identifier, analyser et évaluer le processus suivi pour mener la recherche : prise de conscience du caractère partial et partiel de l’information scientifique disponible (le champ a été circonscrit par le professeur pour circonscrire la complexité, en fonction d’une série de critères que l’on peut discuter), évaluation de la façon de traiter l’information (procédure, rigueur) et prise de conscience de la diversité des méthodes possibles, délimitation du domaine de validité de la réflexion, etc.

En même temps que la mise en évidence des opérations intellectuelles sollicitées durant la mise en situation, le feedback avec les étudiants porte aussi sur les sentiments ressentis durant tout le processus. D’une étape à l’autre, des sentiments contradictoires peuvent être vécus d’une personne à l’autre ou en chacun, selon les tempéraments. Ceux que l’on peut associer à une démarche de recherche sont par exemple l’excitation ou le stress liés à un défi d’ordre intellectuel ; le sentiment d’insécurité et l’envie de fuir ou au contraire la curiosité engendrée par le chaos apparent ; l’irritation et le découragement versus la stimulation orgueilleuse face aux obstacles à surmonter (l’interprétation ne tombe pas sous le sens) ; le plaisir ou le doute quand on voit progressivement une logique apparaître ; la peur du ridicule ou le plaisir de s’affirmer quand on expose ses idées ; l’humilité, la gêne ou la honte quand on avoue son ignorance ou que ses idées sont critiquées, et la fierté quand elles sont au contraire retenues ; etc...

On le voit, les opérations intellectuelles sollicitées sont toujours associées à des états émotionnels particuliers qui constituent en eux-mêmes un champ d’obstacles potentiels à surmonter en termes d’apprentissage.

Ressources utilisées : jeu de cartes sur les relations Chine-Afrique, réalisé en 2007.

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Jeu de cartes sur les relations Chine-Afrique

Pour citer cet article :

Partoune C., Sortir du chaos les relations Sud-Sud, Traces, dossier Sciences/Sciences humaines, n° 193, Bruxelles, nov-déc. 2009, p. 2.


 

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