La localisation des industries

un choix primordial pour de nombreux dirigeants d'entreprises et pour les responsables publics

Sources : extraits de B. Mérenne-Schoumaker, 1996, La localisation des industries,
collection "Géographie d'aujourd'hui", Nathan université, Paris.

Synthèse réalisée par C. Partoune.

Introduction
1. Tendances récentes : explosion des parcs d'activités
2. Les nouveaux parcs d'activités
3. L'exurbanisation
4. Vers de nouveaux rapports villes - industries ?
5. Vers de nouveaux équilibres interrégionaux ?
6. Les facteurs de localisation
7. Erreurs de localisation les plus fréquentes
Introduction
En raison de l'importance de la distribution dans nos économies et de la concurrence accrue entre les firmes, de nombreux entrepreneurs ont découvert l'importance du choix de leur implantation pour le fonctionnement de leur firme. Ils recherchent dès lors la ou les localisation(s) optimale(s), c'est-à-dire la ou les meilleur(s) emplacement(s) possible(s) en fonction de critères rationnels tels le profit ou l'efficacité. Ils sont aussi très sensibles à la qualité des futurs sites et à leur image de marque. L'époque du "pifomètre" en matière de localisation semble donc révolue.
Par ailleurs, les analyses de localisation intéressent de plus en plus les responsables publics qui cherchent à attirer des investisseurs, à susciter le développement régional ou local et à connaître les nouveaux besoins des entreprises en matière de localisation.

1. Tendances récentes
 Le fait majeur de l'évolution récente des localisations des activités économiques à l'échelle micro-spatiale est, sans aucun doute, leur regroupement sur des sites aménagés, plus ou moins spécialisés et dénommés zoning, zone ou parc d'activités.
En Europe, l'essor de ces sites accompagne un peu partout la croissance des "golden sixties" bien que certaines réalisations soient plus anciennes, notamment au
Royaume-Uni , aux Pays-Bas et en Italie.
Ces parcs d'activités sont très diversifiés notamment en raison de leur taille (quelques ha à plus de 1000 ha), de leur promoteur (privé ou public : commune, intercommunale, Etat, etc), de leur statut financier (zone franche ou non) et surtout de leur localisation et des firmes accueillies. Ainsi, si la majorité des parcs est située en périphérie des villes, il en existe aussi dans les tissus urbains (souvent sur des sites réutilisés), en milieu rural et dans les grands ports fluviaux et maritimes (parcs dénommés "industrialo-portuaires").
Dans la plupart des pays européens, les parcs d'activités ont accueilli non seulement la presque totalité des implantations nouvelles mais encore l'immense majorité des transferts et des extensions de firmes situées au préalable dans les agglomérations urbaines ce qui explique le succès de la plupart des zones localisées en périphérie de grandes villes ou de pôles urbains dynamiques.
Ce succès découle partout de l'importance des avantages offerts à la fois aux entreprises et à la collectivité par comparaison aux inconvénients rencontrés. En fait, pour les entreprises, l'attrait majeur des parcs d'activités se situe au niveau des avantages offerts par les terrains et leur accessibilité, deux handicaps fréquents des localisations en milieu urbain.
 A l'opposé, un certain éloignement des centres peut parfois poser problème pour le recrutement du personnel et/ou le recours à des services urbains. En outre, malgré des prix de terrain souvent peu élevés, l'installation dans une zone reste assez coûteuse par rapport à un agrandissement ou à une modernisation dans le site premier ou à la réutilisation d'un bâtiment existant.
Pour la collectivité, à l'origine de la plupart des réalisations, le parc d'activités peut revêtir une double fonction: instrument urbanistique permettant un aménagement plus rationnel des territoires (en favorisant le zonage fonctionnel des espaces) et/ou incitant en matière de développement régional. Malheureusement, ces deux objectifs sont généralement contradictoires. En effet, si le parc a pour mission première d'accueillir des activités incompatibles avec d'autres fonctions (notamment l'habitat), il doit être présent dans tous les documents d'urbanisme locaux et chaque commune devrait disposer d'un ou de plusieurs parcs. Par contre, si c'est un instrument de développement régional, il ne peut être question de généraliser les zones mais, au contraire, il faut les limiter aux régions en difficultés. Toutefois, le choix d'une seule option n'est guère possible en raison des différents intervenants dans la production des parcs. Ainsi, si l'Etat choisit l'option urbanistique (cas de la France, par exemple), comment empêcher les collectivités locales de transformer les zones en un outil de développement économique ? A l'opposé, si le parc est d'abord un instrument de développement régional (cas du Royaume-Uni, par exemple), comment s'opposer aux promoteurs privés qui les aménagent dans les régions en croissance ou comment ne pas se servir des parcs dans des opérations d'aménagement ou de réaménagement d'espaces urbains ? Que dire, par ailleurs, d'un pays comme la Belgique où la zone industrielle a reçu officiellement les deux missions ?





2. Les nouveaux parcs d'activités
 Depuis quelques années, les parcs d'activités changent. Ils se diversifient pour mieux répondre à l'attente des entreprises et aussi mieux capter les firmes les plus porteuses : celles des nouveaux secteurs d'activités et surtout celles des domaines de la haute technologie ou des nouvelles technologies.
D'où trois catégories de parcs qui se développent : les parcs scientifiques et de recherche, les parcs technologiques et les parcs d'affaires. Ce qui les distingue les uns des autres, ce sont les activités dominantes et les liens avec les universités et les centres de recherche. En effet, ces liens diminuent d'intensité au fur et à mesure que l'on passe d'activités RD aux activités diverses, principalement tertiaires par ailleurs.
Toutefois, malgré de telles différences, ces parcs n'en présentent pas moins un profil commun découlant de leur localisation et surtout de leur agencement interne. En effet, ils sont situés sur le modèle des années soixante, en périphérie des agglomérations. Mais les sites choisis sont plus stratégiques encore: proximité des autoroutes et voies rapides et des aéroports, cadre vert, banlieues à haute valeur sociale. La qualité des constructions est aussi très soignée de même que l'environnement (voiries, jardins, zones de stationnement) considéré comme un élément du cadre de travail. Les coefficients d'emprise au sol sont souvent faibles (0,25 à 0,10) afin d'y préserver ou d'y aménager des espaces verts, des zones boisées, des plans d'eau, voire des terrains de sport (tennis, squash, golf, ...). De plus, ces zones comprennent de nombreux services et équipements communs.
 Surtout dans les parcs d'affaires, les programmes intégrés sont nombreux. Chacun est le produit d'un promoteur qui cherche, à travers le choix de l'architecture, l'agencement des lieux, les services offerts et le cadre paysager, à démarquer son produit et à lui donner une identité propre. Tout cela afin de créer une image de marque faite de réussite et de sélection dans le but d'un marquage social de l'espace. Pouvoir s'installer sur un tel site apparaît, dès lors, comme la preuve de l'appartenance à une élite... L'identité sociale de la firme est donc affirmée par son implantation.
Ces nouveaux sites d'affaires révèlent ainsi l'émergence récente des promoteurs dans le domaine du "semi-industriel" et du "high-tech" et expliquent l'explosion de l'immobilier d'entreprise dans des secteurs extérieurs aux bureaux. Certains de ces promoteurs sont aussi investisseurs. Ils se chargent alors de la totalité des réalisations: conception, réalisation du bâti, aménagement des sites, commercialisation, gestion technique, animation, etc. D'autres, au contraire, conçoivent le projet puis confient le montage à des experts immobiliers qui recherchent les locataires et les futurs propriétaires, c'est-à-dire les investisseurs institutionnels (compagnies d'assurances, mutuelles, fonds de pension, caisses de prévoyance, fonds de placement, etc.) qui achètent aux promoteurs les bâtiments dès qu'ils sont loués. A côté des promoteurs privés interviennent encore parfois les collectivités locales (cas fréquent en France) ou les universités (cas fréquent aux Etats-Unis).
Ce qui différencie les nouveaux sites de ceux des années soixante c'est, pour les opérations intégrées offrant services et commodités, un recours plus grand à la location, l'importance de plus en plus forte de l'image de marque et de la réputation du site et la sélectivité beaucoup plus grande des espaces. C'est aussi une transformation profonde du rôle des acteurs: rôle plus grand des promoteurs ou de certaines collectivités locales, rôle plus restreint des dirigeants d'entreprises qui, au même titre qu'ils sous-traitent à des firmes spécialisées de plus en plus de fonctions extérieures à leur activité, se déchargent sur les promoteurs du choix des sites et de la construction des bâtiments. D'où une modification profonde du processus de choix de localisation confortant la préseance de la stratégie de l'offre sur la demande. On est ainsi bien loin des schémas classiques de localisation où l'on imaginait un entrepreneur face à une multitude de points candidats de localisation. Aujourd'hui, même si la concurrence entre les régions est plus forte, les possibilités de choix sont plus restreintes car il s'agit non seulement de trouver un terrain mais encore un local adéquat dans un site répondant à des exigences de plus en plus fortes.



3. L'exurbanisation

 C'est un phénomène d'une grande ampleur qui a touché et touche encore non seulement l'industrie, mais aussi le commerce de gros, le commerce de détail relevant de la grande distribution, des centres d'affaires, des activités de loisirs et même les universités et les centres de recherche.
En fait, le mouvement s'est intensifié avec le temps et accompagne la mobilité accrue des populations autorisée elle-même par la croissance du parc automobile. Il s'est opéré en auréoles successives et a contribué largement à une périrubanisation généralisée des hommes et des activités sauf dans les pays où des mesures le restreignaient (principalement les Pays-Bas).
L'exurbanisation correspond donc à une redistribution des activités (et des populations) au sein des régions urbaines (une région urbaine englobe non seulement la partie agglomérée du territoire mais encore la banlieue ou espace morphologiquement rural mais fonctionnellement urbain correspondant à la croissance récente). Souvent, la distance entre le site premier de l'activité et le nouveau site n'est pas bien longue (5, 10, 20 km) sauf dans les très grandes villes (comme Paris). En outre, beaucoup de transferts ou d'extensions se produisent de préférence dans la périphérie proche du site ancien, les firmes souhaitant conserver leur main-d'oeuvre, leurs clients, leurs sous-traitants, leurs fournisseurs, etc.
Principaux facteurs d'expulsion du milieu urbain :

- parc immobilier : vétusté des installations, inadaptation aux nouvelles techniques de production et de stockage, aux nouveaux modes de chargement et de déchargement des marchandises, etc.;
- accès et transport : rues étroites, éloignement des autoroutes, encombrement du trafic, absence de parkings, etc.;
- marché foncier : peu ou pas de terrain disponible pour une expansion, prix élevé du sol, etc.;
- voisinage : incompatibilité des activités et de l'habitat, plaintes de la population, etc.

 De plus, jusque vers 1980, ce mouvement a été souvent favorisé par les pouvoirs publics dans le cadre de leur politique d'aménagement du territoire largement dominée par le zonage et la séparation des fonctions.
Des facteurs d'attraction des sites nouveaux influencent aussi les décisions des entrepreneurs en orientant leur choix vers tel ou tel site. Mais la motivation profonde des transferts en périphérie (comme des extensions) est le désir ou la nécessité de quitter les tissus urbains denses considérés comme inadaptés aux modes de production et de gestion d'aujourd'hui.

Les conséquences spatiales et financières de l'exurbanisation sont aujourd'hui bien connues :
- accroissement de la désindustrialisation des tissus urbains agglomérés avec, dans certains cas, des effets bénéfiques (rénovation du quartier, nouveaux pôles d'activités) mais le plus souvent avec des effets négatifs (multiplication des friches, marginalisation du quartier);
- accentuation de la périurbanisation et de la segmentation sociale de l'espace;
- augmentation des navettes lieu de résidence - lieu de travail et en général des circulations;
- appauvrissement des communes centrales (par perte des taxes sur le personnel occupé et par perte d'activités liées aux industries).
Certes, à l'opposé, les cadres de travail de nombreux travailleurs se sont améliorés, l'efficacité de beaucoup d'entreprises a crû et certaines communes périphériques tirent des avantages des nouvelles répartitions. Mais, au total, beaucoup d'agglomérations ont été désorganisées ce qui explique diverses tentatives pour réinsérer des activités de production dans les villes.




4. Vers de nouveaux rapports villes - industries ?
 Depuis une dizaine d'années, certaines activités se réinstallent en milieu urbain à la faveur de la création de petits parcs urbains et surtout de la réutilisation des friches.  Souvent, le mouvement est très largement appuyé par les pouvoirs publics surtout locaux qui cherchent à arrêter l'hémorragie économique par des aides et par une nouvelle politique d'aménagement du territoire.



5. Vers de nouveaux équilibres interrégionaux ?

 Au sein de l'Union européenne, les changements interrégionaux observés découlent sans aucun doute de dynamiques différentielles régionales que l'on pourrait schématiser comme suit :
 1. Croissance modérée des régions métropolitaines centrales, où l'on observe à la fois un très grand développement des services et des industries "high-tech" et un déclin des industries traditionnelles (ex. : Ile-de-France, Darmstadt-Francfort, Sud-est anglais ).
2. Déclin sensible des régions de vieille tradition industrielle
(ex. : bassins industriels de Wallonie, Lorraine, Ruhr).
3. Maintien des autres régions industrielles centrales
(ex. : West Midlands, Bade-Wurtemberg, Rhône-Alpes, Piémont).
4. Croissance forte des régions intermédiaires ou péri-centrales (ex. : bassin parisien hors Ile-de-France, NO de l'Espagne, Italie Centrale).
 5. Décroissance faible des autres régions intermédiaires ou péri-centrales (ex. : Schleswig-Holstein, ouest français, East Anglia), malgré quelques pôles en croissance.
6. Croissance sensible des régions métropolitaines périphériques (ex. : Lisbonne, Athènes, Copenhague).
7. Croissance sensible également des régions de la grande périphérie (ex. : Portugal, Espagne, Irlande).
8. Croissance sensible encore des zones tertiaires touristiques
(ex. : Provence-Côte d'Azur, Val d'Aoste, Sud-ouest anglais).



6. Les facteurs de localisation

 Par facteur de localisation, on entend tout phénomène susceptible d'influer d'une manière ou d'une autre sur le choix d'une localisation.
De la majorité des travaux consacrés aux localisations, on peut dégager les quatre grands principes suivants :
1 - un facteur ne peut à lui seul expliquer une localisation; même la présence d'une matière première ne peut être la seule cause d'une implantation;
2 - un même facteur peut exercer des influences diverses; ainsi la présence d'une main-d'oeuvre qualifiée peut attirer certaines entreprises et en repousser d'autres;
3 - le choix d'une localisation est la résultante d'un nombre plus ou moins grand de facteurs dont le poids et la diversité varient fortement d'une situation à l'autre;
4 - la sélection finale d'une localisation est toujours une question de compromis et d'options car, comme le dit R. Muther, "il est rare de trouver un emplacement parfait, permettant une implantation parfaite pour un prix parfait". Les dirigeants choississent donc "ce qui convient le mieux" à partir de "ce qu'ils veulent" et en fonction de "ce qui est disponible".

Toute implantation d'activité est la résultante de deux grands types de facteurs : ceux caractérisant les territoires et ceux caractérisant les entreprises et les établissements.




 Caractéristiques des territoires pouvant orienter les choix 
Le choix d'une localisation se pose souvent à des niveaux spatiaux différents :

- les grands espaces économiques (par exemple, l'UE ou l'Amérique Latine)et les pays,
-
les régions, les localités et les terrains.

 Au niveau des grands espaces économiques et des pays :

- la situation géographique;
- le marché;
- les avantages comparatifs;
- la politique des pouvoirs publics.

Au niveau des régions, des localités et des terrains :

- la situation géographique
- le marché
- les transports
- les matières premières, l'eau et l'énergie
- les disponibilités en terrains et bâtiments
- les aspects quantitatifs et qualitatifs de la main-d'oeuvre
- l'environnement économique
- les préoccupations et les contraintes d'environnement
- le cadre de vie
- l'intervention des pouvoirs publics

Au niveau des grands espaces économiques et des pays

 1. La situation géographique
C'est un facteur qui peut varier dans le temps, en fonction des progrès de la technique, des infrastructures ou de la conclusion de conventions et d'accords internationaux.

2. Le marché

Le choix d'une nouvelle localisation est, en effet, souvent déterminé par la recherche d'un accès aisé au marché et par la volonté de conquérir des marchés nouveaux, ce dernier mobile étant fréquemment le plus déterminant.
Ainsi, l'installation de nombreuses firmes américaines en Europe pendant la période 1960-1974 s'explique principalement par ce facteur, les motivations des implantations étant principalement le désir de pénétrer sur le marché européen, la volonté de sauvegarder les ventes ou de les augmenter et la possibilité d'atteindre, grâce à la position tremplin du Marché Commun, des marchés proches et traditionnellement liés aux pays européens, comme l'Europe de l'Est, l'Afrique ou le Moyen Orient.
De même, la création de certaines usines de biens de consommation dans certains pays du Tiers Monde - notamment les pays semi-industrialisés - traduit la volonté des multinationales de s'ouvrir à de nouveaux marchés.

3. Les avantages comparatifs
Les entreprises cherchent à minimiser les coûts de production par la recherche de bas salaires, d'avantages fiscaux et financiers et, en général, de tout élément susceptible de réduire les coûts. C'est un facteur important de délocalisation de certaines activités vers l'Europe du Sud et surtout le Tiers Monde.

  4. La politique des pouvoirs publics
La répulsion ou l'attraction qu'exercent certains espaces économiques et surtout certains pays sur les investissements dépend aussi largement du contexte politique du pays ou de la région. Les capitaux fuient les nations où les dévaluations sont fréquentes et les investissements ne sont guère importants lorsqu'il y a risque de nationalisation ou contrôle trop accentué de la vie économique.
Le coût et la disponibilité en capital jouent aussi un rôle principalement à cet échelon de décision car les perspectives de profit sont liées aux conditions financières et fiscales des pays notamment : taux d'intérêt, réglementation des changes, régime en matière de rapatriement des capitaux et dividendes, systèmes de taxation, régime douanier, sécurité de placement, etc. Ainsi, les disponibilités en capital à risque constituent certainement un facteur de croissance des technopôles tant américaines que japonnaises.
Par ailleurs, les mesures prises dans le cadre de la politique de développement économique régional peuvent exercer un certain attrait vis-à-vis des investissements étrangers. Les aides accordées par la plupart des pays européens ont sans nul doute influencé certaines implantations américaines dans la période 1960-1974.
D'autres mesures de politique nationale peuvent encore intervenir comme le volume des achats à des fins civiles et militaires, les aides à la recherche ou à l'innovation, la politique de réglementation en matière de sécurité ou d'hygiène, les réglementations en matière d'établissement, etc. En outre, l'accueil, l'information et la propagande orchestrées par les autorités nationales contribuent aussi à créer l'image de marque d'un pays.



 Au niveau des régions, des localités et des terrains

 1. La situation géographique
Il semble d'abord que son poids soit plus marqué au niveau régional ou local qu'au niveau national ou international en raison de l'importance à cette échelle des éléments de polarisation des activités, des trafics, des populations et des différences qualitatives dans les répartitions (par exemple, le rôle des ports maritimes ou des villes sont loin d'être identiques). Toutes les situations ne sont guère équivalentes, notamment en ce qui concerne les infrastructures et superstructures disponibles. De nombreux dirigeants d'entreprises l'ont bien perçu puisqu'ils ont refusé de s'installer à certains endroits malgré tous les avantages financiers que leur promettaient ou leur offraient des responsables publics.

2. Le marché
Contrairement au facteur précédent, ce critère joue moins à l'échelle régionale et locale qu'à l'échelle nationale ou internationale vu la mondialisation des marchés. Toutefois, certaines activités restent très liées à l'aire de circulation de leurs produits ou services : c'est le cas lors de coûts de transports élevés (ex. l'industrie des boissons), quand le produit perd rapidement sa valeur (ex. l'édition de quotidiens) ou encore quand des contacts fréquents entre producteurs et clients sont nécessaires (ex. sociétés de services aux entreprises).

3. Les transports
En général, l'importance attribuée aux coûts de transport s'est réduite avec le temps car, au fur et à mesure que les facilités de communication augmentent et que les cycles s'allongent, les charges de transport diminuent par rapport au coût total du produit. Toutefois, le rôle des coûts de transport varie d'une activité à l'autre et, dans le domaine industriel, on considère que la localisation des usines est dépendante de ces coûts si la part des coûts directs de transport dans le prix de revient des produits dépasse 5 %.
Mais la minimisation des coûts de transport reste un objectif majeur de nombreux industriels car c'est, sans conteste, une des données de la localisation qu'il est le mieux possible d'analyser et dont les variations sont spatialement les plus sensibles.
En outre, la plupart des firmes ont des exigences croissantes vis-à-vis des infrastructures et des conditions dans lesquelles elles vont pouvoir organiser le déplacement des marchandises et du personnel. Chaque firme souhaite être bien desservie, ce qui postule fréquemment la possibilité de choix entre plusieurs modes de transport et ce qui implique nécessairement des exigences qualitatives vis-à-vis du ou des réseaux.

Au sein des différents modes de transport, le rôle de la route et surtout des autoroutes s'est considérablement accru de même que celui des voies maritimes et de l'aviation. A l'opposé, l'influence du chemin de fer comme celle de la voie d'eau intérieure a souvent diminué sauf pour quelques activités lourdes.
La proximité d'un mode de transport n'implique cependant pas nécessairement son utilisation. C'est même très fréquent dans les zones portuaires ou aéroportuaires choisies non pas pour leurs possibilités spécifiques en transport mais bien pour les facilités qu'elles offrent en matière de terrains (vastes surfaces à des prix intéressants, peu de problème de voisinage puisque à l'écart des quartiers d'habitat). Il convient donc d'être prudent dans l'explication des localisations et de ne pas faire automatiquement d'une proximité spatiale un facteur de localisation.
Enfin, les télécommunications ont aussi accru leur poids dans les décisions de localisation, en freinant les implantations là où de longs délais sont nécessaires à l'obtention des lignes téléphoniques et en les favorisant là où les réseaux sont abondants et de qualité.

4. Les matières premières, l'eau et l'énergie
L'influence de ces trois éléments varie très nettement d'une activité à l'autre.
En général, la localisation des matières premières et des disponibilités en énergie s'est restreinte ces dernières années en raison des mutations techniques. Les modifications intervenues dans le domaine des transports ont, pour leur part, accru les possibilités et diminué l'importance relative des coûts, du moins jusqu'à une date récente. L'utilisation accrue de l'électricité et du gaz naturel a réduit les contraintes de choix et les systèmes de tarification les écarts régionaux. Mais les différences internationales entre les prix de l'énergie maintiennent des disparités qui sont de plus en plus ressenties dans le contexte de la croissance du prix de l'énergie.
Le rôle de l'eau s'est généralement renforcé suite à l'augmentation très nette des besoins et à la raréfaction des réserves, d'où l'implantation des grands consommateurs d'eau (pour le refroidissement notamment) en bordure des voies d'eau; c'est le cas des centrales électriques, de la sidérurgie et aussi du montage automobile (où on consomme 35 m3 par voiture). Le problème de l'eau se pose également en termes qualitatifs pour les entreprises exigeant de l'eau certaines qualités, par exemple dans le secteur alimentaire. En outre, le rejet des eaux usées semble de plus en plus préoccupant et cet aspect de la question peut avoir des répercussions sur les localisations dans la mesure où la législation introduit des discriminations entre les endroits au sein même d'un territoire national ou régional.

5. Les disponibilités en terrains et bâtiments
L'évolution récente est caractérisée par des exigences croissantes en espace portant à la fois sur les quantités et les qualités. Les entreprises recherchent des terrains équipés au prix peu élevé situés dans un environnement de qualité. D'où le succès des parcs industriels.
Des bâtiments disponibles peuvent aussi être un facteur puissant de localisation à condition qu'il s'agisse d'immeubles récents et/ou en bon état facilement réutilisables et non de friches ... Des immeubles neufs offerts par les promoteurs immobiliers exercent également beaucoup d'attrait et ce d'autant plus que de telles réalisations sont encore peu fréquentes et souvent limitées aux grandes agglomérations. En général, la formule locative intéresse deux types d'entreprises : celles qui veulent tester un marché ou une localisation et celles qui ne peuvent ou ne veulent pas investir dans l'immobilier.

6. Les aspects quantitatifs et qualitatifs de la main-d'oeuvre
Pour la plupart des industriels, la main-d'oeuvre est un des principaux facteurs de localisation. Quatre aspects différents de la main-d'oeuvre peuvent intervenir : les disponibilités, la qualification, la réputation et le coût.
L'aspect disponibilités joue surtout au niveau des grandes entreprises. Dans les autres cas, les difficultés de recrutement sont fréquemment restreintes, notamment dans nos régions, car les réserves de main-d'oeuvre se sont accrues un peu partout. Ce point de vue disponibilités est toutefois indissociable d'autres aspects qualitatifs, comme d'abord l'âge et le sexe. En général, les entreprises souhaitent engager des jeunes et ont des exigences bien définies en ce qui concerne la répartition de leur personnel en main-d'oeuvre masculine et féminine.
Par ailleurs, ces exigences se traduisent aussi au niveau de la formation requise, ce qui amène certains dirigeants à rejeter les zones rurales parfois handicapées, en particulier pour le personnel de cadre ou, au contraire, à choisir délibéremment des régions où la qualification de la population est moins poussée.
Dans l'appréciation qualitative du personnel, d'autres éléments sont encore pris en considération : la régularité (absentéisme, exactitude), la rapidité (de formation, dans le travail), l'adresse, l'efficacité, la stabilité, les exigences, la tradition syndicale, les tendances politiques, etc. A la simple énumération de ces caractères, on perçoit immédiatement les difficultés pour les apprécier correctement. Aussi, n'est-il guère étonnant qu'une main-d'oeuvre soit jugée de façon très différente et que beaucoup d'opinions reposent sur des informations fragmentaires, sur des images stéréotypées ou sur des affirmations parfois anciennes et pouvant devenir totalement fausses.
Quant au coût de la main-d'oeuvre, c'est aussi un critère important même s'il faut le pondérer par la productivité (production opérée en une période de temps). En fait, des bas salaires ne présentent pas que des avantages et, en outre, il faut se méfier de comparaisons hâtives entre régions et pays ne prenant pas en compte tous les aspects des coûts (charges patronales, gratifications, interventions dans les déplacements, le logement, etc.).

7. L'environnement économique
Le choix d'une localisation peut être influencé par la recherche de la proximité d'autres entreprises. Une telle décision s'explique d'abord par les relations directes existant entre le nouvel établissement et ceux implantés dans les environs. Elle procède aussi de la prise en considération du climat économique de la région, c'et-à-dire les attitudes des pouvoirs publics et de la communauté vis-à-vis des activités nouvelles. Elle s'explique encore par la recherche d'un voisinage particulier, par exemple firmes de même nationalité, de même activité, de même importance ou, au contraire, firme petite souhaitant se localiser près d'une plus grande. Souvent, un tel choix procède de la volonté de minimiser les risques.
Par ailleurs, un milieu dynamique a souvent des effets d'entraînement : par exemple, incitation à la modernisation, à l'agrandissement (ce qui peut même parfois provoquer un transfert ou une extension) ou encore à l'innovation et à la création.
En outre, le rôle des économies externes apparaît de plus en plus important et complexe. Celles-ci sont les bénéfices collectifs que perçoivent les entreprises du fait de leur position relative, indépendamment de tout échange marchand. Elles sont constituées d'économies de localisation (résultant de l'agglomération sur un espace restreint d'activités similaires ou voisines ce qui permet spécialisation et complémentarité, apparition de services spécialisés, renommée, main-d'oeuvre bien formée) et d'économies d'urbanisation (infrastructures, services variés, vaste marché, multiplicité des contacts). Toutefois, au-delà d'un certain seuil d'agglomération, apparaissent les déséconomies. D'où l'idée d'un niveau optimal en vérité difficile à établir car il varie suivant les services et donc suivant la nature des entreprises.
D'autre part, si le coût et la disponibilité du capital ont joué un rôle certain au début de l'industrialisation, ce rôle a fortement diminué à l'échelle régionale et locale en raison de la fluidité très grande de cet intrant. Certes, l'extrême centralisation bancaire de certains pays défavorise les régions périphériques mais cet effet est réduit pour la grande entreprise pouvant traiter à l'échelon national ou international. Toutefois, une fois investi, le capital pèse lourdement sur les comportements géographiques ultérieurs : c'est là la source de l'inertie des trames industrielles très manifeste, entre autres, dans l'industrie lourde.

8. Les préoccupations et les contraintes de l'environnement
La sensibilisation croissante au problème de la sauvegarde de l'environnement ainsi que les mesures prises dans le cadre de la politique d'aménagement du territoire et/ou de la protection de la nature (comme l'étude d'impact) contribuent certainement à restreindre les possibilités de choix pour de nombreuses industries.
Le problème se pose particulièrement pour les entreprises polluantes et/ou dangereuses. Les réglementations les concernant variant d'un pays à l'autre, voire d'une région ou d'une ville à l'autre, il y a généralement tendance à un déplacement des zones les plus réglementées vers les zones les plus tolérantes. Ainsi s'explique, par exemple, la localisation dans la frange mériodionale de l'Europe (Portugal, Espagne, Grèce, Turquie) d'industries du papier scandinaves fuyant les surcoûts créés par les mesures antipollution.
Les manifestations antinucléaires sont également à rapprocher de ces problèmes. En effet, il est de plus en plus difficile de localiser une nouvelle centrale sans un certain concensus avec les populations concernées et les mesures imposées aux sociétés d'électricité rendent de plus en plus malaisé le choix du site.
Par ailleurs, les entrepreneurs eux-mêmes sont souvent plus sensibles que dans le passé à l'environnement de leur entreprise. De telles préoccupations les amènent à préférer des espaces arborés et à rejeter des localisations dans les vieux tissus industriels, en particulier les zones de friches industrielles. Cet obstacle "psychologique" constitue un des freins majeurs à la réaffectation de ces dernières.


9. Le cadre de vie
Facteur de plus en plus évoqué dans les travaux récents, le cadre de vie est cependant rarement défini.
A notre avis, il regroupe les éléments suivants : des coordonnées du cadre physique (beauté des paysages, durée de l'ensoleillement), les conditions de logement (disponibilités, prix et surtout qualité), l'attrait touristique, la présence d'équipements dans les domaines de l'enseignement (surtout université et école internationale), du commerce, des soins médicaux, de la culture et des loisirs, etc., les facilités d'accès à ces équipements ou aux endroits touristiques voisins (en particulier, les facilités de communication avec la métropole ou la grande ville voisine) et, enfin, des facteurs d'ambiance (nombre suffisant de personnes de catégories socio-professionnelles analogues, habitudes régionales, degré d'ouverture du milieu aux nouveaux arrivants, etc.).
Certes, tous ces éléments ne sont pas décisifs mais, à conditions économiques égales, ils emportent la décision. D'où la multiplication des efforts de nombreuses régions et/ou communes pour améliorer leur image de marque et pour tenter d'offrir "un plus".
En général, la prise en considération de ce facteur conduit les dirigeants à choisir des implantations proches de grandes villes ou à s'installer dans des régions touristiques. Ce fait est confirmé par le renforcement récent de l'attrait de deux grands groupes de régions : d'une part, les grandes villes et leur banlieue de standing, voire des villes moyennes de belle qualité architecturale et à forte connotation culturelle et, d'autre part, les régions méridionales des pays tels que les USA (le Sunbelt), la France (la Côte d'Azur), l'Allemagne (la Bavière), etc...

10. L'intervention des pouvoirs publics
Nées de la prise de conscience du fait que la croissance ne se réalisait pas partout au sein d'un même Etat, les mesures gouvernementales ont surtout touché les activités industrielles. Ces politiques de développement économique régional se combinent presque toujours avec des politiques d'aménagement du territoire dont la finalité est d'arriver à une utilisation plus rationnelle du territoire. La plupart des politiques régionales sont des politiques d'incitation : il s'agit par une série de mesures financières et fiscales d'orienter les investissements vers telle ou telle région, de les décentraliser des pôles en croissance vers les périphéries en retard. Néanmoins, dans certains cas (essentiellement dans des grandes agglomérations comme celles de Paris et de Londres) et à certaines époques (surtout avant 1974), de véritables politiques de contrôle ont même interdit les localisations ou tout au moins les ont soumis à des autorisations.
L'impact de telles mesures est actuellement beaucoup controversé. Si chacun admet qu'elles ont eu des effets bénéfiques, nombreux sont ceux qui soulignent leur réussite partielle. Ce semi-échec est particulièrement sensible dans les régions rurales situées à l'écart des grands axes de développement ou dans certaines régions d'ancienne industrialisation. Il s'explique d'abord par le fait que les aides ont peu modifié l'image des régions et la conception que se font les chefs d'entreprises des conditions minimum de fonctionnement; en outre, l'avantage obtenu l'est une fois pour toutes et ne peut donc être comparé avec des avantages permanents (ou considérés comme tels) comme l'infrastructure ou la qualification élevée de la main-d'oeuvre. Par ailleurs, les interventions des dirigeants régionaux et locaux sont fréquemment plus déterminantes que le cadre législatif général en raison de l'importance accordée par les dirigeants aux "structures d'accueil" à une collaboration franche, loyale et constante avec les autorités locales.

Caractéristiques des entreprises et des établissements

Malgré plusieurs tentatives de généralisation, il faut constater que chaque cas est unique et demande un inventaire spécifique des besoins et des souhaits.

7. Erreurs de localisation les plus fréquentes

1. Insuffisance des recherches et du recensement des besoins.
2. Attention excessive accordée au prix d'achat du terrain et/ou du bâtiment ou au loyer.
3. Sous-estimation du coût de déplacement ou du coût d'installation.
4. Choix trop rapide en raison d'avantages offerts par les pouvoirs publics.
5. Choix guidé par des préjugés ou des préférences plutôt que par des données objectives.
6. Résistance des dirigeants à quitter l'endroit où ils vivent pour un nouvel emplacement.
7. Estimation de la main-d'oeuvre potentielle en termes de taux de salaires tout en négligeant la productivité et la réputation.
8. Aucune attention accordée à l'enivronnement économique et urbain du futur emplacement.
9. Déplacement basé sur des profits immédiats et pas de prévision à long terme.
10. Mauvaise estimation de la concurrence.
11. Choix ne tenant pas compte des besoins des différentes divisions de l'entreprise (par défaut de représentativité de celles-ci dans le groupe d'étude chargé de la localisation).
12. Oubli de reconnaître ou volonté de ne pas reconnaître les changements dans les marchés, les méthodes de transport, les matières premières.

Source : D'après Muther R., ouvr. cit., 1966, p. 192.


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Dernière mise à jour : avril 2002

Laboratoire de Méthodologie
de la Géographie

Université de Liège