Quel type d'évaluation ?

Le type d'évaluation que l'on pratique révèle :

- la conception que l'on a de la formation

Pour le LMG :
centrage sur l'élève et sur les besoins de la société
tous capables
socioconstructivisme
pédagogie du cerveau global
approche systémique

- la conception que l'on se fait de l'homme et du "rapport à l'autre" (CHAPPAZ, p. 79).

Pour le LMG :
démocratie
intégration interculturelle
écosociodéveloppement

En cohérence avec une pratique pédagogique fondée
sur la responsabilité, la coopération et la solidarité
sur une prise en compte globale, fonctionnelle et dynamique de l'élève et de l'apprentissage,

le seul type d'évaluation qui nous semble possible est de type socioconstructiviste et systémique.
 

 Une évaluation...
qui résulte de l'autoévaluation croisée des différents acteurs (élèves, enseignants, institution, parents, société civile), dans le respect des différents points de vue;
construite sur mesure, par chaque acteur, en fonction de ses objectifs propres;
tant des produits que des processus;
contribuant à la construction de l'identité de chaque acteur et à celle du groupe social de la classe;
positive et récursive, permettant des régulations, des avancées, des remédiations, des distanciations, des ouvertures de perspectives,...(CHAPPAZ, p. 80);
multicritères si elle est conduite rationnellement;
qui repose aussi sur l'intuition (PARTOUNE, 1998, p.78);
qui tienne compte des interactions multiples;
qui intègre l'évaluation des compétences collectives;
qui accepte le flou, l'incertitude, et le doute, non par dépit mais parce qu'ils font partie de la vie, intrinsèquement;
qui prenne en compte la position de l'évaluateur et le fait qu'il contribue à modifier le système de par sa présence;
qui ne soit pas figée dans le temps;
qui s'interroge sur la légitimité de (des) l'évaluateur(s);
qui intègre l'importance des représentations, des croyances et des illusions de chacun et, plus globalement, de la distance culturelle entre l'enseignant et ses élèves;
qui se garde de toute normalisation, qui accepte que tous n'acquièrent pas les mêmes compétences (ABRECHT, 1991, p. 114-115) et qui vise le lâcher prise (PARTOUNE, 1998, p.79);
qui respecte l'intimité de la personne, l'indicible, l'invisible (PARTOUNE, 1998, pp.78-79).

 En conséquence, nous considérons comme incompatible
avec nos valeurs :

 de pratiquer la notation

La notation tue davantage qu'elle ne vivifie. Elle décourage les moins bien notés et enlève progressivement à tous la motivation intrinsèque. Elle a surtout pour effet de renforcer un élitisme profondément injuste et malsain.

 d'effectuer une évaluation certificative en tant que pédagogue .

"L'entraîneur ne peut pas être l'arbitre", pour reprendre une analogie de Bernard DEFRANCE. Soulignons en outre qu'on ne peut pas être "un petit peu certificatif", juste au moment des examens, parce l'institution l'exige. C'est un choix radical, fondé sur une conception de la pédagogie, à l'école ou ailleurs.

 Nous pouvons témoigner, pour l'avoir expérimenté en classe, qu'il est possible que les élèves se dégagent du besoin de la carotte ou du bâton pour s'impliquer dans leurs apprentissages. Bien plus, nous avons constaté avec émerveillement que le fait d'enlever l'épée de Damoclès que constitue la notation leur permettait d'accéder à une sorte de nouveau monde, avec de nouvelles références, où la sensation d'avoir progressé devenait non seulement un point de repère essentiel, mais aussi une expérience existentielle. Cela donne des ailes. En fin de parcours, la question "j'ai réussi ?" ne surgit plus : elle n'a plus de sens.

Quoi qu'il en soit....

Evitons de trop évaluer formellement !!!

Actuellement, le temps consacré à l'évaluation par rapport au total consacré à l'apprentissage est de 30 %. C'est énorme, c'est excessif.
Un contre-exemple nous invite à réfléchir : en DRAMA, qui s'enseigne dès la première année primaire et jusqu'à la fin du secondaire, une évaluation sommative est conduite après neuf ou dix années d'expérience, soit vers l'âge de 15-16 ans. Cette évaluation porte sur la connaissance des méthodes de travail, sur la capacité de percevoir ce qui se passe dans une situation explorée et de proposer des outils et une méthode pour poursuivre l'exploration, et sur l'authenticité dans le travail. Les enseignants estiment qu'il faut proposer d'évaluation lorsque les élèves ont eu suffisamment de temps pour intégrer les démarches d'apprentissage. Ce sont les élèves qui décident du moment où ils passent cette évaluation.

Encourageons l'évaluation informelle, intuitive, intégrée processus d'apprentissage (voir métacognition "intra") et l'analyse réflexive personnelle.

Ouvrages et articles de référence

- ABRECHT R., 1991, L'évaluation formative, une analyse critique, De Boeck Université, Bruxelles.

- BELAIR L., M. 1995, Profil d'évaluation : une analyse pour personnaliser votre pratique, Les Editions de la Chenelière, Montréal.

- CHAPPAZ G., 1996, Valeurs de la formation, valeurs du formateur, valeurs de l'évaluation ?, Actes du colloque de l'ADMEE à Genève, Centre de recherches psychopédagogiques, Genève, p. 79-84.

- COLLECTIF, 1997, Education relative à l'environnement, approches théoriques et pratiques évaluatives, Environnement et Société, n°19, Fondation Universitaire Luxembourgeoise, Arlon.

- COLLECTIF, 1991, L'évaluation, Cahiers pédagogiques, n° spécial, C.R.A.P., Paris.

- LEFRANCQ F., 1997, La question de l'évaluation, Mémoire, Institut Supérieur de Formation Socio-Educative de la Province de Namur.

- MEIRIEU P., 1989, Enseigner, scénario pour un métier nouveau, ESF.

- MEIRIEU P., 1988, L'école, mode d'emploi, ESF.

- MEIRIEU P., 1988, Apprendre... oui, mais comment, ESF.

- Echec à l'échec

- PARTOUNE C., 1998, L'évaluation en éducation à l'environnement - Complexité, incertitude, lâcher prise !, dans Environnement & Société, n° 19, éd. Fondation Universitaire Luxembourgeoise, Arlon.

- PERRENOUD Ph., L'évaluation de l'élève, éd. De Boeck, Présentation succinte.

- PERRENOUD Ph., 1993, Touche pas à mon évaluation : pour une approche systémique du changement, dans Mesure et Evaluation en Education, ADEME, vol. 16, n° 1-2.

- PELLETIER G., L'évaluation pédagogique : une intervention d'enseignement.


 Université de Liège

 Laboratoire de Méthodologie de la Géographie

 Ministère de la Communauté française

 Recherche interréseaux en éducation
sur les compétences terminales en géographie

 Christine Partoune
Assistante en didactique au Laboratoire de méthodologie de la Géographie
Université de Liège
© août 1999