L'approche systémique

Quelques notions clés

Quelques idées fortes pour une approche systémique en pédagogie

Bibliographie

Quelques notions clés

Prenons une situation, peu importe laquelle. Nous pouvons l'approcher de différentes manières.

Evoquons par exemple différentes situations liées à la santé :

- Juste avant de présenter un examen, une élève ressent de violents maux de tête.  - Un élève exprime sa peur d'attraper le sida.
  - Un enfant arrive avec une blessure sanguinolente.  - Un collègue se plaint régulièrement de maux de dos.

Quelle serait votre réaction ?

   
   

Nos différentes interventions possibles peuvent se lire au travers de la grille de synthèse suivante :

Nous considérons qu'à un problème donné, il y a une cause antécédente bien précise.
Nous recherchons une solution simple et immédiate.

C'est l'approche linéaire.

Lorsqu'un problème se pose, nous explorons son contexte afin d'identifier et de décrire les différents éléments du "système" dans lequel il s'inscrit, les relations entre ces éléments, les "boucles de rétroaction" et les mécanismes de régulation. Les mêmes conséquences peuvent avoir plusieurs causes et les mêmes causes peuvent avoir des effets différents.
La solution est complexe et va dépendre de notre capacité à jouer sur plusieurs facteurs.

C'est l'approche circulaire,

encore appelée "première systémique".

En plus des principes de l'approche circulaire, nous allons également tenir compte de deux éléments complémentaires :
- de l'évolution du système liée à la variable temps;
- de la modification du système du fait même de notre présence dans le système en tant qu'observateur.
La solution, c'est peut-être de modifier le point de vue de l'observateur, ou de compter sur le fait qu'avec le temps, les choses s'arrangent parfois d'elles-mêmes...

 

C'est l'approche cybernétique
(circulaire + temps + observateur),

dite aussi "deuxième systémique".

 Rajoutons encore deux autres dimensions à l'approche cybernétique : la prise en compte des modifications potentielles du système

- en fonction des changements d'espace (changement de lieu, changement d'échelle);
- en fonction de la culture dominante de la société ou des individus considérés.
La solution, c'est parfois de changer d'endroit. La recherche de solution n'est peut-être pas effectuée à la bonne échelle. Dans une autre culture, il n'y aurait peut-être pas de problème du tout, ou il encore il pourrait être insoluble...

Nommons cette approche
cybernétique voyageuse et multiculturelle
(cybernétique + espace + culture)

Pour compléter l'éclairage d'une situation, nous prenons en compte l'ensemble des croyances des personnes (acteurs et observateurs) et des mythes fondateurs des sociétés, souvent implicites mais sous-jacents dans la façon d'envisager les choses.

C'est l'approche mythique. 


Tableau réalisé à partir d'un exposé présenté par Daniel Cauchy, systémicien, lors d'un séminaire européen, La Marlagne, Belgique, 1998.
Nous avons rajouté deux dimensions qui nous semblent absentes dans les typologies systémistes : la prise en compte de l'espace et de la culture.

Il n'y a pas d'approche meilleure que les autres.
Il conviendra cependant de choisir l'approche la plus adéquate en fonction de la situation rencontrée.

Les réponses inadaptées engendrent des impasses.
Ainsi, le plus souvent, des solutions linéaires sont proposées alors que la situation est très complexe...

Exemples d'interventions.

Transférons encore cette grille d'analyse à d'autres situations, que nous vivons quotidiennement :
 - Un professeur arrive toujours en retard.  - La cour de récréation est jonchée de détritus.
 - Un élève exprime sa peur à l'égard d'un professeur.  - En juin, la chaleur dans la classe est difficile à supporter.

 D'après vous, quelle serait l'attitude la plus adéquate ?

 Quelques idées fortes pour une approche systémique en pédagogie

1. Approche systémique du sujet

Précaution : l'approche systémique ne s'oppose pas à une approche analytique. Elle lui est contradictoire mais complémentaire.

 Veiller à explorer le sujet globalement, en identifiant les multiples aspects et facteurs qui interviennent. Mettre en évidence les différents acteurs en jeu, la diversité de leurs points de vue, de leurs intérêts ou de leurs besoins.  Tenir compte de nos nombreuses incertitudes sur le plan des connaissances et de l'infinie complexité des systèmes, qui marquent les limites de notre puissance à les comprendre, à les prévoir et à les influencer.
 Rechercher quelles peuvent être les relations entre les différents aspects, facteurs ou acteurs du système, et identifier la nature de ces relations.  Inviter à la prudence et au doute par rapport aux affirmations "scientifiques" et aux dogmatismes de tous bords ("lois" de la nature et des sociétés, lois divines, principes déterministes,...).
 Identifier les réseaux.  Structurer, hiérarchiser, modéliser, pour faire apparaître une interprétation du fonctionnement du système considéré.
 Mettre en évidence les flux, les dynamiques, les boucles de rétroaction.  Relativiser la pertinence du modèle élaboré en s'interroger sur les changements dans le système, à la fois dans l'espace (si on change de société, si on change d'échelle) et dans le temps (exploration du passé et projections dans le futur).
 Montrer à travers des exemples réels qu'un système peut donner toutes les apparences de stabilité et néanmoins basculer brusquement dans le déséquilibre.  Tenter de clarifier les présupposés qui nous traversent inconsciemment en faisant ce travail d'interprétation (notre vision du monde, de l'homme, de la place dans le monde, de ses rapports avec son environnement, de ses rapports aux autres et à la société,...).
 Avoir à l'esprit qu'il n'y a pas toujours de solution à un problème donné.  Relativiser la notion de progrès, de développement et d'évolution des sociétés et des individus.

 2. Approche systémique de l'apprentissage et de la pédagogie

 Il y a plusieurs chemins pour apprendre la même chose.  Tout n'est pas fini avant "x" ans, et on peut apprendre et changer toute sa vie.
 Le terreau sur lequel se sème un enseignement est différent pour chacun. Il est donc important de varier ses styles d'enseignement, pour pouvoir rejoindre les différents styles d'apprentissage des élèves.  Une même séquence d'enseignement peut donner lieu à des apprentissages très différents en fonction des personnes.
 Apprendre à apprendre met en jeu le fonctionnement mental (Piaget), le fonctionnement social (Vygotski), le fonctionnement affectif (Bloom) et le fonctionnement culturel.  Il est important de reconnaître l'importance et la valeur des apprentissages non prévus par l'enseignant, de tout ce qui se passe autour et alentour.
 Même si les sciences cognitives ont énormément progressé, nous ignorons encore beaucoup de choses sur la façon dont se construit (ou non) et se transfère (ou non) un apprentissage.  L'apprentissage d'un jour est parfois le fruit de l'interactions de multiples facteurs qui se sont progressivement accumulés et agencés entre eux depuis de longues années, jusqu'à produire un éclair apparemment brutal.
 Les références culturelles jouent un grand rôle dans les processus de construction de nouvelles visions du monde. Celles de l'enseignant et celles de l'élève ne sont pas nécessairement les mêmes. Il est important d'en tenir compte.  Les blocages dans l'apprentissage peuvent eux aussi être dus à des résistances occultes enfouies dans notre inconscient depuis longtemps ou à des manières de fonctionner très stables, qui ont eu un sens dans notre vie, même si elles ne sont plus adaptées aujourd'hui.
 Approcher un sujet de manière systémique implique une approche pédagogique interdisciplinaire. C'est parfois plus facile et plus riche en équipe, mais pas nécessairement.  Il y a un certain lâcher prise à accepter, voire à cultiver, tant de la part de l'enseignant que de la part de l'apprenant. Se débarrasser de notre volonté de toute puissance sur nous-mêmes et sur le devenir des autres (voir évaluation).

 Système défini comme "un ensemble d'objets et les relations entre ces objets et entre leurs attributs; les objets sont les composants ou éléments du systèmes, les attributs sont les propriétés des objets et les relations ce qui fait tenir ensemble le système."
WATZLAWICK, 1972, p. 120.

Boucles de rétroactions : suites d'actions induites par le système lui-même suite à un changement extérieur, soit pour en maintenir la stabilité (rétroaction négative), soit pour amplifier le changement, pouvant aller jusqu'à l'explosion du système (rétroaction positive).

 Bibliographie

COLLECTIF, 1997, Fichstémique, dans le Carnet 5 de l'écopédagogue, Institut d'Ecopédagogie, Liège.

DELANNOY C. et PASSEGAN J.-C., 1992, L'intelligence peut-elle s'éduquer ?, Hachette, Paris.

HICKS, D., STEINER, M. (1989), Making Global Connections : A World Studies Workbook, Oliver & Boyd.

LAPOINTE J., L'approche systémique et la technologie de l'éducation, Département de technologie de l'enseignement - Faculté des sciences de l'éducation, Université Laval, Québec.

MORIN E., 1977, La méthode 1. La nature de la nature, Seuil, Paris.

MORIN E., 1980, La Méthode - La Vie de la Vie, Seuil, Paris.

ROSNAY J. (de), 1975, Le macroscope: vers une vision globale, Seuil, Paris.

WATZLAWICK P., WEAKLAND J., FISH R., 1975, Changements. Paradoxes et psychothérapie, Seuil, Paris.

WATZLAWICK P., 1980, Le langage du changement. Eléments de communication thérapeutique, Seuil, Paris.

WATZLAWICK P. (dir.), 1988, L'invention de la réalité. Comment savons-nous ce que nous croyons savoir ?, Seuil, Paris.

WATZLAWICK P., HELMICK BEAVIN J., JACKSON D.D., 1972, Une logique dela communication, Seuil, Paris.


 Université de Liège

 Laboratoire de Méthodologie de la Géographie

 Ministère de la Communauté française

 Recherche interréseaux en éducation
sur les compétences terminales en géographie

 Christine Partoune
Assistante en didactique au Laboratoire de méthodologie de la Géographie
Université de Liège
© août 1999