Université de Liège

 Laboratoire de Méthodologie de la Géographie

 Ministère de la Communauté française

 Recherche interréseaux en éducation
sur les compétences terminales en géographie

 Frédérique Delvaux et Christine Partoune
Professeurs de géographie
Chercheures en didactique au Laboratoire de méthodologie de la Géographie
Université de Liège
© août 1999

 

A la mémoire de Yaguine et Fode

Lundi 2 août 1999, deux jeunes passagers clandestins ont été découverts morts dans le train d'atterrissage d'un avion de la Sabena. Ils étaient d'origine guinéenne. Chacun d'eux était porteur d'une carte d'étudiant d'une école préuniversitaire de Conakry. Ce document mentionne leur identité, leur âge (14 et 15 ans) et comporte une photo qui laisse peu de place au doute. Comme signe de sa bonne volonté, l'un des deux avait emmené dans son périple son carnet scolaire reprenant les cotes obtenues au cours de l'année écoulée. Une lettre que l'un d'eux tenait serrée dans sa main laisse clairement entendre que les deux adolescents connaissaient l'ampleur des risques qu'ils couraient. Néanmoins, ils avaient pris soin de se vêtir chaudement. L'un portait trois pantalons ainsi qu'un gros pull, une veste et un bonnet. Pour toutes chaussures, il avait des sandalettes en plastique. Un porte-parole de la Sabena rappelait lundi qu'à 10.000 mètres d'altitude, la température oscille entre -50 et -55o. De plus, l'oxygène se fait très rare et l'on peut mourir d'asphyxie.

TEXTO 

Edition du 04/08/99 - © Rossel Cie SA - LE SOIR Bruxelles

"Aidez-nous, nous souffrons énormément"

Voici le texte intégral de la lettre que les deux jeunes clandestins guinéens portaient sur eux au moment de leur mort. Elle laisse clairement transparaître le désespoir vécu par les deux étudiants de Conakry.

Excellences, Messieurs les membres et responsables d'Europe,

Nous avons l'honorable plaisir et la grande confiance de vous écrire cette lettre pour vous parler de l'objectif de notre voyage et de la souffrance de nous, les enfants et jeunes d'Afrique.

Mais tout d'abord, nous vous présentons les salutations les plus délicieuses, adorables et respectées dans la vie. A cet effet, soyez notre appui et notre aide. Vous êtes pour nous, en Afrique, ceux à qui il faut demander au secours. Nous vous en supplions, pour l'amour de votre continent, pour le sentiment que vous avez envers votre peuple et surtout pour l'affinité et l'amour que vous avez pour vos enfants que vous aimez pour la vie. En plus, pour l'amour et la timidité de notre créateur Dieu le tout-puissant qui vous a donné toutes les bonnes expériences, richesses et pouvoirs de bien construire et bien organiser votre continent à devenir le plus beau et admirable parmi les autres.

Messieurs les membres et responsables d'Europe, c'est de votre solidarité et votre gentillesse que nous vous crions au secours en Afrique. Aidez-nous, nous souffrons énormément en Afrique, nous avons des problèmes et quelques manques au niveau des droits de l'enfant.

Au niveau des problèmes, nous avons la guerre, la maladie, le manque de nourriture, etc. Quant aux droits de l'enfant, c'est en Afrique, et surtout en Guinée nous avons trop d'écoles mais un grand manque d'éducation et d'enseignement. Sauf dans les écoles privées où l'on peut avoir une bonne éducation et un bon enseignement, mais il faut une forte somme d'argent. Or, nos parents sont pauvres et il leur faut nous nourrir. Ensuite, nous n'avons pas non plus d'écoles sportives où nous pourrions pratiquer le football, le basket ou le tennis.

C'est pourquoi, nous, les enfants et jeunes Africains, vous demandons de faire une grande organisation efficace pour l'Afrique pour nous permettre de progresser.

Donc, si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c'est parce qu'on souffre trop en Afrique et qu'on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et pour mettre fin à la guerre en Afrique. Néanmoins, nous voulons étudier, et nous vous demandons de nous aider à étudier pour être comme vous en Afrique.

Enfin, nous vous supplions de nous excuser très très fort d'oser vous écrire cette lettre en tant que Vous, les grands personnages à qui nous devons beaucoup de respect. Et n'oubliez pas que c'est à vous que nous devons nous plaindre de la faiblesse de notre force en Afrique.

(Signature) Ecrit par deux enfants guinéens Yaguine Koita et Fodé Tounkara. 

Webmaster : C. Partoune
Dernière mise à jour : 1999