Université de Liège

 Laboratoire de Méthodologie de la Géographie

 Ministère de la Communauté française

 Recherche interréseaux en éducation
sur les compétences terminales en géographie

 Christine Partoune
Professeur de géographie
Assistante en didactique au Laboratoire de méthodologie de la Géographie
Université de Liège
© août 1998

Compétences terminales en géographie

Argumentaire

Parcourir un espace inconnu sans se perdre
Objectif : avoir confiance en soi dans l'espace

Le constat est général, les jeunes manquent de confiance en eux. Et d'abord dans leur corps et dans ses possibilités de se mouvoir dans l'espace. Leur autonomie est très limitée à cet égard. Ils ne "connaissent" pas ou mal (dans le sens "naître avec") leur environnement. Ils ont peur de se perdre, face à un espace inconnu, au point de ne pas oser s'y aventurer.

Il convient d'abord de restaurer ou d'inscrire chez chacun un rapport positif à l'espace, en commençant par celui du corps agissant dans l'espace. Négliger cet aspect, donner la préséance aux connaissances sur l'espace risquerait fort de ne rien changer aux sentiments ressentis, qui peuvent s'avérer terriblement inhibants. Au contraire, cela pourrait conduire au confinement, à encourager une attitude de repli dans une découverte virtuelle de l'environnement, perçue comme plus sécurisante. Voyager tranquillement à travers le monde dans les livres, et percevoir de plus en plus comme une agression la rencontre de l'étranger, de l'étrangeté, dans sa présence physique, immédiate et imprévisible.

Ces expériences physiques, indispensables, le professeur de géographie est bien placé pour les proposer.

Habitué aux travaux en tous genres sur le terrain, il est, de par sa formation initiale, coutumier d'une approche concrète inscrite dans un espace réel. Il faut qu'il puisse sortir souvent de sa classe avec ses élèves. Mais pas pour leur proposer une "visite guidée" de l'espace, dans l'esprit des traditionnelles "excursions", où les élèves passent l'essentiel du temps assis dans un car, sont invités à écouter des commentaires, et parfois à réaliser quelques observations dirigées. Il faut repenser ces sorties, pour qu'elles soient véritablement au service d'une plus grande autonomie des élèves dans leur espace. Oser les laisser parcourir, découvrir librement, par petits groupes, puis seuls, dans un cadre progressivement de plus en plus aventureux.

Pour se sentir mieux dans un espace, il faut pouvoir ressentir davantage de choses positives dans cet espace et en même temps avoir une prise sur cet espace pour pouvoir s'y retrouver, ne pas être submergé par la complexité, le fouillis, le chaos, donc pouvoir ordonner l'espace et y orienter son action. S'y ajoutent les atouts acquis par une bonne pratique des outils pour représenter l'espace (cartes topographiques et cartes routières, plans de villes, table d'orientation...) et éventuellement de la boussole.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Localiser et situer des événements dans un cadre de références spatialisées
Objectif : avoir confiance en soi dans l'espace.

Localiser, se localiser est indispensable pour l'homme de la rue, spectateur /acteur de faits divers : pour se déplacer, pour identifier l'origine des produits qu'il consomme, pour situer les événements qu'il vit ou dont on parle, tant locaux que mondiaux. Cette compétence contribue à assurer une certaine sécurité, dans la mesure où elle nous permet de structurer le monde qui nous entoure, de sortir du chaos. Ce besoin est sans doute rendu plus aigu par l'accès généralisé à une information disparate, venue des quatre coins de l'horizon, à tous moments, de toute nature, et de toutes dimensions.
Avec Internet, les jeunes sont amenés à communiquer avec le monde entier, directement. Plus que jamais, il leur faut disposer d'outils pour savoir où ils "tombent" et qui s'adresse à eux.

Localiser. La géographie traditionnelle se réduisait souvent à cet aspect du savoir géographique, avec ses cartes muettes et ses listes énumératives sans fin ni sens, sans doute, pour l'élève, sinon celui de réussir l'épreuve qui couronnait ces exercices. C'est encore aujourd'hui l'image de la géographie la plus souvent vulgarisée (Trivial Pursuit, Questions pour un champion....). En dehors des géographes, peu de personnes savent (et en particulier les enseignants non géographes chargés d'enseigner ce regard) que le repérage dans l'espace a pris aujourd'hui d'autres contours, bien plus passionnants et significatifs. C'est ce qui fait qu'encore aujourd'hui la géographie est perçue comme tellement ennuyeuse a priori !

Pour le citoyen, l'important est de disposer de référentiels spatiaux par rapport auxquels il pourra structurer son espace-temps et situer quoi que ce soit, se poser des questions pertinentes et établir des liens. Cartes de densités, réseaux, flux, dynamiques, sont les mots-clés d'aujourd'hui, qui se concrétisent sur le plan technique avec la chorématique, rimant aussi avec interprétations et prévisions.

Ces référentiels spatiaux sont à compléter par des modèles à construire/reconstruire/déconstruire par les élèves, afin qu'ils acquièrent cette compétence à long terme : celle de prendre l'habitude de se forger des systèmes de représentation spatiale significatifs, adaptés et adaptables, en fonction des mutations rapides de notre monde.Pour les élèves, il faut qu'apparaisse d'emblée l'avantage de disposer de ce nouvel outil de pensée et de compréhension. C'est pourquoi il est indispensable de réaliser ces exercices à partir de réalités concrètes qui les concernent directement, les rendant plus intelligents dans un domaine qu'ils connaissent déjà bien. Modéliser la répartition des clubs de football ou de la construction automobile, ou encore celle du réseau des autoroutes en Europe, par exemple. En outre, l'apport de logiciels permettant de réaliser facilement des cartes, l'essor de la télédétection et la mise à disposition par Internet d'un nombre considérable d'informations devraient apporter un souffle nouveau à ces exercices.

Ayant compris en les réalisant l'intérêt de ces raccourcis de pensée que sont les modèles, les élèves pourront ensuite plus facilement découvrir et éventuellement mémoriser, des cartes ou des schémas de synthèse sur d'autres sujets, considérés comme "incontournables". Cette sélection n'est pas neutre, et restera sans doute liée à la sensibilité de chaque enseignant et à son engagement politique. Considérant toutefois certaines lignes directrices fortes inscrites dans le décret mission, nous en proposons une qui traduit notre façon d'envisager une éducation à la démocratie, au pluralisme et à l'interculturel, sous forme de suggestions d'atlas spécifiques à construire.

Atlas des libertés, atlas des inégalités, atlas des cultures, atlas des hauts lieux et des réseaux, atlas des associations, atlas des alternatives, atlas des jeunes....

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Présenter une image spatiale personnalisée de ses territoires, individuelle et collective (quartier, ville ou village, région, pays)
Objectif : se sentir de quelque part.

 Pour construire son identité, il est indispensable de pouvoir d'abord se sentir de quelque part. Le besoin d'avoir un territoire à soi est fondamental, constitutif de tout être humain : pouvoir disposer d'un espace privé, personnel, reconnaissable, et reconnu.

En même temps, pouvoir se dire de quelque part et partager cet espace vécu-perçu avec d'autres de façon à construire une identité collective, pour sortir de la solitude. Le besoin d'avoir des territoires partagés, partageables, est tout aussi fondamental, indispensable à toute vie sociale : pouvoir disposer d'espaces collectifs, reconnaissables et reconnus.

D'une manière générale, les jeunes belges francophones semblent avoir une image assez négative de leur environnement d'origine. Une image très fragmentaire, aussi, et très lacunaire. A l'étranger, ils ont du mal à parler de la Belgique, pays peu connu en dehors des événements de l'actualité et de quelques poncifs.

En tant que jeunes, ils sont souvent exclus en tant que tels de l'espace, ou trouvent difficilement droit de cité. En dehors de la maison, où peuvent-ils espérer se construire un espace à eux, apprendre progressivement à occuper un bout de territoire, à le gérer pour assurer sa permanence, à le marquer de leurs valeurs ?

A l'école, dans quelle mesure un espace leur est-il réservé ? Ont-ils une classe bien à eux ? En dehors de la classe, quelle prise ont-ils sur les espaces collectifs ? Est-il possible que chacun puisse trouver un lieu où se rassembler, avec ceux et celles qui partagent les mêmes affinités, pour passer agréablement le temps "libre" dont ils disposent ? Il ne sert à rien de poursuivre des objectifs ambitieux au niveau d'une société si déjà, dans son cercle intime, le jeune ne trouve pas concrètement de possibilité de "se sentir de quelque part". Pour cela, il faut aussi qu'il dispose d'un réel pouvoir sur l'espace, un pouvoir dont les limites sont à négocier.

Développer sa personnalité grâce à la géographie peut s'entendre comme l'occasion de se construire sa place sur la Terre, de faire siens les territoires proches, mais aussi ceux qui sont éloignés; c'est une voie pour apprendre à découvrir et à aimer l'ici et l'ailleurs.

Présenter une image spatiale personnalisée de ses territoires est une compétence qui peut témoigner du développement de la personnalité du jeune qui désire communiquer avec les autres.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Construire des modèles spatiaux à différentes échelles
Objectif : pouvoir toute sa vie se construire des outils pour penser et comprendre l'espace.

 Quel que soit le sujet ou la problématique envisagée, l'aptitude à inventer un modèle d'organisation spatiale devient transversale et donc utilisable toute sa vie dès le moment où elle est transférée à d'autres situations et à d'autres échelles que celles où elle s'est exercée.

Pour favoriser ce transfert, nous préconisons de construire en parallèle des modèles à des échelles différentes, l'une proche de la réalité de l'élève, sur un sujet le concernant directement, l'autre à une échelle plus large, sur un sujet plus éloigné de ses préoccupations du moment, mais susceptible de le concerner un jour. La construction de modèles métaphoriques en contrepoint des modèles analytiques fait également partie des stratégies pédagogiques pour assurer un meilleur transfert à des situations nouvelles, structurellement proches des premières.

Construire soi-même un modèle permet aussi de prendre plus facilement distance par rapport à ce qu'il représente,

d'apprécier son écart par rapport à la réalité et de prendre conscience de sa subjectivité. La construction collective de modèles devrait en ce sens précéder une démarche plus individuelle, parce qu'elle impose la confrontation dès le départ. Les résistances sont plus grandes quand il s'agit de se remettre en question alors que le produit est fini. Or, c'est bien au moment de l'interprétation des observations que l'on a besoin de la créativité, de l'inventivité, de la subtilité de chacun. Induire ce réflexe, même et surtout lorsqu'on est amené à réfléchir seul, de chercher à confronter son point de vue avec celui des autres, est certainement de nature à favoriser une attitude ouverte à la remise en question, préalable indispensable pour pouvoir apprendre toute sa vie.

La construction d'un modèle du processus de modélisation lui-même est enfin une étape incontournable de tout dispositif pédagogique qui intègre la métacognition.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Construire des cartes, des schémas, des croquis pour penser avec l'espace
Objectif : Pouvoir toute sa vie se construire des outils pour penser et comprendre l'espace.
 Ce savoir-faire transversal est au service d'une intégration progressive de la prise en compte de l'espace pour apprécier une situation ou intervenir concrètement. Il fait appel à toute une série bien connue d'aptitudes importantes, elles aussi transversales, et dont peuvent bénéficier des élèves mal à l'aise avec le langage verbal puisqu'il s'agit de prendre distance par rapport au réel par la symbolisation graphique plutôt que par les mots.

 Avoir construit soi-même une carte permet aussi d'être conscient des dessous des cartes, des choix politiques masqués derrière un tri et un découpage territorial apparemment neutre, objectif, "scientifique". Cette aptitude à pouvoir critiquer de tels documents, de plus en plus couramment utilisés dans les medias, est de nature à doter les élèves d'un pouvoir sur l'information qu'ils reçevront ou qu'ils seront amenés à communiquer.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Interpréter un paysage nouveau
Objectif : pouvoir toute sa vie se construire des outils pour penser et comprendre l'espace.

Le paysage, c'est le décor du théâtre de notre vie. Aujourd'hui, sa valeur culturelle est mise en exergue, le paysage est devenu patrimoine. L'importance de révéler/développer un sentiment d'appartenance par rapport à notre décor de vie (partie de notre cadre de vie) est au centre des préoccupations d'associations socioculturelles. Dans le secteur économique, le paysage est devenu un objet touristique. Autrefois limité à ce qui se voit, le paysage est maintenant considéré plus globalement comme ce qui se perçoit avec tous nos sens.

Pour les jeunes, nous avons déjà souligné l'importance de pouvoir s'approprier un territoire, dont le paysage est un des éléments.

Mais il y a de fortes chances pour qu'ils quittent un jour leur paysage familier pour s'installer ailleurs. Un paysage, produit culturel sans cesse en évolution, est la traduction spatiale du fonctionnement d'un écosociosystème. Développer la capacité à interpréter, décoder un paysage nouveau et s'y donner des points de repères est un atout indéniable pour pouvoir s'adapter à un "changement de décor". On comprend dès lors que le concept de paysage géographique au sens strict et les outils pour le décoder peuvent aussi être transférés au concept plus global de "paysage", à tout "décor" de scène de notre vie, rendu plus lisible grâce un modèle construit ailleurs.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Guider/animer un parcours de découverte globale d'un milieu
Objectif : Se préparer à poser des actes personnels/collectifs en étant conscient de leur impact
sur le cadre de vie (en tant qu'usager)

 Pour être responsable, respectueux de son cadre de vie, il faut d'abord l'aimer, y être attaché, affectivement ou intellectuellement. Toute éducation à la responsabilité passe d'abord par ce préalable : installer un contact positif fort avec la personne ou l'environnement dont il est question. Et aimer, cela s'apprend, c'est le fruit d'un véritable travail. Il faut sans cesse lutter pour ne pas devenir indifférent, insensible, à la souffrance, à l'injustice... il est possible, souhaitable et nécessaire de développer à l'infini nos possibilités d'être touchés par la beauté de ce qui nous entoure, d'apprécier la paix et l'harmonie ...

La géographie est d'un apport indéniable pour devenir plus sensible à la qualité des paysages qui nous entourent. Il est important que la démarche de découverte tienne compte de la globalité de la personne : besoins de ressentir du plaisir et de l'exprimer, d'imaginer et de rêver, de comprendre et de structurer, de vivre, d'agir et de partager...

 Au-delà du contact émotionnel, la géographie permet d'aiguiser son sens de l'observation et d'accéder à un certain nombre de clés de compréhension du paysage. Cette première étape de découverte devrait précéder tout travail de clarification des valeurs et de débat sur l'aménagement du territoire.

Préparer un itinéraire de découverte d'un milieu et servir de guide à un groupe de participants est une compétence qui peut témoigner de l'intérêt personnel de l'élève pour ce milieu ainsi que de sa motivation à partager ses savoirs ou ses passions.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Evaluer les enjeux de la consommation de quelques produits d'usage courant
Objectif : Se préparer à poser des actes personnels/collectifs en étant conscient de leur impact
sur le cadre de vie

Comment, par la géographie, être plus conscient de l'urgence de gérer les ressources terrestres dans la perspective d'un développement durable et équitable à l'échelle planétaire ? Comment, par la géographie, prendre conscience de la nécessité d'une solidarité sociale, à l'échelle locale, nationale et à l'échelle internationale ?

En tant que consommateurs, les élèves sont déjà amenés à faire des choix de différents types : alimentation, vêtements, médicaments, moyen de transport... Pour sortir de l'illusion dans laquelle nous conduisent à la fois la publicité et l'offre de produits à des prix dérisoires, il faut permettre aux élèves de découvrir les informations qui les sortent d'une naïveté confortable (pour leur portefeuille) et séduisante (puisqu'elle permet encore de croire à la magie), mais complice (en contribuant à entretenir un système de production discutable).

Il conviendrait de les initier au plus tôt à une réflexion sur leur consommation, tant quantitative que qualitative, et à une évaluation de ses enjeux écologiques, sociaux, économiques, politiques et culturels.

L'apport de la géographie est précieux pour s'interroger sur le choix des produits à consommer (d'origine locale, nationale, internationale) et découvrir les mécanismes du commerce international, des multinationales, des localisations industrielles, de l'agriculture...

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Choisir un mode de transport et un itinéraire
Objectif : Se préparer à poser des actes personnels/collectifs en étant conscient de leur impact
sur le cadre de vie
Les embouteillages, la pollution sonore ou atmosphérique, sont perceptibles par chacun. D'autres nuisances sont moins visibles. Se déplacer, transporter des marchandises ou de l'information, sont des actes résultant le plus souvent d'une décision individuelle ayant des impacts collectifs importants. Les géographes disposent d'outils pour réfléchir à ces problématiques, pour choisir un mode de transport et déterminer un itinéraire qui minimise les coûts internes et externes. Il convient de les vulgariser auprès des jeunes.

Plus largement, les citoyens bénéficient d'infrastructures de transport construites par les pouvoirs publics à l'aide des impôts, à différentes échelles.  Savoir comment se répartissent géographiquement les investissements, se positionner par rapport à des projets publics ou privés touchant au transport, comprendre l'importance d'une contribution individuelle pour garantir un service public... Autant de sujets qui sont peut-être encore loin des préoccupations directes des élèves, mais qui s'imposeront à eux dès lors qu'il s'agira de réagir à une enquête publique, d'apprécier un programme politique ou de remplir sa feuille d'impôts.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Choisir, aménager et gérer son habitat
Objectif : Se préparer à poser des actes personnels/collectifs en étant conscient de leur impact
sur le cadre de vie
Préparer les élèves à vivre en société, c'est aussi les préparer à se loger, mais aussi plus fondamentalement à habiter quelque part.L'apport du cours de géographie, dans l'approche de ce thème éminemment interdisciplinaire, peut se situer à deux niveaux, l'un "intérieur", l'autre "extérieur".
Le niveau "intérieur", c'est celui du logement en tant que tel. Chacun doit entretenir, voire transformer ou construire son logement et est amené, pour ce faire, à poser des actes individuels en tant que consommateurs qui ont un impact au

niveau collectif : choix de matériaux de construction et de produits d'entretien, consommation d'eau, d'énergie...

Le niveau "extérieur" est celui de l'habitat, déclinable de plusieurs manières : la localisation du logement et son impact sur la vie quotidienne, qui renvoie aux autres sujets (transport, santé, consommation); l'intégration du logement dans le paysage local et la participation à son devenir, qui renvoient au thème de l'aménagement du territoire.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Gérer sa santé
Objectif : Se préparer à poser des actes personnels/collectifs en étant conscient de leur impact
sur le cadre de vie

Le thème de la santé est encore très peu présent à l'école secondaire, alors qu'il concerne directement les élèves dans leur vie quotidienne et renvoie à la question plus générale des droits et des devoirs des citoyens par rapport aux services publics, tout comme la question des transports

En dehors de l'intérêt personnel de l'élève, que nous pouvons aider à réfléchir à sa santé de manière globale et systémique, la question de la citoyenneté se pose à deux niveaux : celui de ses droits et celui de ses devoirs.

Au niveau de ses droits, la cartographie des indicateurs de santé est un élément parmi d'autres pour se poser un certain nombre de questions et se positionner par rapport à la politique des services publics de notre pays en la matière.

Au niveau de ses devoirs, un regard plus géographique sur cette question serait de le rendre plus conscient des impacts, à l'autre bout du monde, de l'industrie pharmaceutique, de l'amener à s'interroger sur la répartition inégale des indicateurs de santé au niveau mondial et d'établir le lien entre cette question et le fonctionnement global de différents modèles de société.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Participer à un débat sur l'aménagement d'un territoire donné
Objectif : Se préparer à poser des actes personnels/collectifs en étant conscient de leur impact
sur le cadre de vie

La citoyenneté suppose que l'on dépasse la seule perspective de l'intérêt individuel pour prendre en compte les intérêts des autres individus ou groupes de personnes, ainsi que les intérêts de la collectivité. Les "besoins de citoyenneté" auxquels nous devons nous atteler avec les élèves sont notamment de contribuer à la lutte contre un certain nombre d'idées paradoxales et de développer une conscience sociale planétaire.
En ce qui concerne le territoire, il nous faut sans doute mettre en évidence la contradiction qui consiste à déplorer la dégradation de l'environnement et, en même temps, dégrader la qualité des lieux publics, privilégier la voiture plutôt que les transports en commun, considérer qu'il est uniquement de la responsabilité de l'Etat de veiller, de réparer, de fournir, gaspiller les ressources, ne pas limiter ses déchets tout en souhaitant que le problème soit géré ailleurs (syndrome de NIMBY : "not in my backyard" -"pas dans mon jardin")...

A la suite de ce qui a été évoqué ci-dessus concernant la sensibilisation aux paysages, l'apport de la géographie est précieux pour se préparer à participer à la mise en valeur des territoires qui nous concernent et à réfléchir à un certain nombre de comportements quotidiens.

Les thèmes prioritaires à aborder nous semblent relatifs aux besoins suivants : se loger, se déplacer, se récréer.

Par exemple :
- déterminer des critères de choix d'un logement (échelle locale); sortir d'un certain aveuglement par rapport à la question des sans abri et avoir une lecture critique de la politique du logement (échelle communale, régionale, nationale + comparaisons internationales);

- s'interroger sur la place et l'impact des transports individuels par rapport aux transports en commun en prenant conscience de la façon dont s'organise et se modifie un espace, à différentes échelles;

- s'interroger sur l'impact des différentes formes de tourisme sur l'environnement "naturel", social, économique, culturel d'une région, d'un pays (depuis la piscine locale , le circuit automobile, les parcs d'attractions, les gîtes ruraux, ...jusqu'aux safari, Paris-Dakar, club Med, formules "Tunisie-3-jours pour 10000 frs", le tourisme pédophile...).

Participer à un débat (par exemple via un jeu de rôles) sur l'aménagement d'un espace donné peut témoigner de la compétences des élèves à réfléchir le problème d'une façon systémique et nuancée, mettant en lumière les intérêts/besoins des différents acteurs ou groupes d'acteurs en présence et le jeu des relations de dépendance entre eux.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Décoder différentes formes d'organisation de l'espace dans le monde
Objectif : Contribuer aux questionnements d'une société sur la façon d'organiser et de gérer l'occupation de l'espace par les individus et les groupes sociaux qui y vivent

Aborder le sujet des différences culturelles de front peut provoquer des allergies violentes conduisant à une impasse de plus. Il est sans doute important de multiplier d'abord les expériences émotionnelles, affectives, qui donnent l'occasion d'un contact positif avec "l'Etranger" au sens large, au sens de "ce qui nous est étrange".

La géographie, c'est traditonnellement une voie pour apprendre à découvrir et aimer l'ici et l'ailleurs, à voyager pour s'ouvrir au monde, à aller vers un espace inconnu d'une dimension supérieure à l'"espace intime connu", sans se perdre (découvrir une ville, élaborer un itinéraire de promenade, effectuer un voyage de plusieurs centaines de kilomètres).

A l'heure européenne, de tels voyages deviennent monnaie courante, mais tous n'ont pas les moyens de se les offrir. Internet nous offre aujourd'hui des possibilités extraordinaires de rencontres riches et passionnantes ainsi que des propositions de projets à partager au-delà de toute frontière.

La géographie peut aussi être le lieu de découverte d'un aspect spécifique de la culture, celui du rapport à l'espace : depuis la sphère intime jusqu'à l'aménagement d'un quartier, d'une ville, du domaine agricole... en passant par l'organisation du logement, la diversité des façons dont les hommes ont organisé, aménagé l'espace pour y vivre est un sujet extraordinaire de découverte et d'apprentissage du relativisme. Avec E. Hall et d'autres auteurs, rappelons que nos rapports au temps et à l'espace sont éminemment façonnés par notre environnement culturel et peuvent constituer autant d'obstacles à la communication et à la rencontre, si les codes particuliers à chaque culture sont ignorés ou non pris en compte. L'exploration du comment et du pourquoi ces codes particuliers ouvre la voie à une question beaucoup plus vaste, celle des valeurs d'une société et des modes de transmission

qu'elle met en place pour se perpétuer. Cet effort de pénétration du système de l'autre, étape inhérente à toute démarche interculturelle, aide à prendre distance par rapport à soi-même (c'est la décentration), et donc à mieux cerner ses propres cadres de références, souvent considérés comme allant de soi, et non comme le produit d'une construction socioculturelle. Il s'agira donc, progressivement, d'aider les élèves à se construire une grille de lecture de l'organisation de l'espace à travers des exemples contrastés, à différentes échelles. Ainsi, à travers un décryptage de la façon dont se crée, se transmet, se transforme une culture, le géographe peut encore contribuer utilement à développer un esprit critique face aux discours de tous bords légitimant "l'identité culturelle", terriblement associée à la question de l'hégémonie territoriale. Aujourd'hui, les livres d'histoire sont changés pour mieux mettre en évidence "l'identité européenne" ou "eurégionale". Dans notre pays, nous sommes abreuvés d'ouvrages et de discours enflammés sur "l'identité flamande" ou "l'identité wallonne". Des arguments géographiques ou historiques sont mis en exergue pour justifier ce qui pourrait devenir une idéologie. Qu'il s'agisse de nationalisme, de régionalisme ou de "continentalisme", il s'agit toujours de marquer une frontière entre "eux" et "nous", d'identifier des arguments pour séparer, et donc pour privilégier, protéger, accepter ou rejeter. Il est de toute première importance, à l'heure ou la montée des extrémismes et des revendications séparatistes se fonde notamment sur la peur de l'autre et le repli identitaire, de préparer les jeunes à se méfier des discours faciles sur "leur" identité.

C'est donc bien à travers l'exploration du délicat et explosif rapport entre culture et territoire que le cours de géographie peut notamment contribuer à construire un projet "humanité" fondé sur un respect du "tous différents" plutôt que sur la recherche d'un "tous pareils".

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Négocier l'utilisation de l'espace
Objectif : Contribuer aux questionnements d'une société sur la façon d'organiser et de gérer l'occupation de l'espace par les individus et les groupes sociaux qui y vivent

Préambule
Aller plus loin, c'est préparer au cosmopolitisme, qui dépasse l'ouverture culturelle et la préoccupation des problèmes de l'autre. C'est accepter, souhaiter, que chacun contribue à sa manière au dynamisme de la société. En cas de conflit de valeurs, des solutions doivent être trouvées par un processus de négociation n'excluant pas les jugements de valeurs mais légitimant les porteurs de cultures, s'ils donnent à croire à leur sincérité et à leur conviction intime.

Soulignons l'importance d'inscrire ces objectifs dans une structure (au minimum celle de l'école) qui respecte ces principes fondamentaux, au risque de voir s'effondrer les espoirs engendrés chez les jeunes. Le sentiment de trahison est un des meilleurs pièges pour bloquer la démocratie. L'école doit renoncer dans les faits à amener chacun à la norme culturelle standard de la majorité, plutôt que de viser sournoisement l'assimilation en prêchant l'intégration.

Comment, par la géographie, contribuer à la construction d'une société interculturelle, expression intégrant un fonctionnement démocratique et étant par essence pluraliste ?

L'occupation et l'utilisation de l'espace (espace physique ou espace virtuel, comme celui du marché) est l'un des enjeux majeurs de la vie en société, source de conflits depuis toujours.  Parce que la terre n'est pas extensible, parce que ses richesses ne sont pas également réparties, parce que nous sommes de plus en plus nombreux à l'occuper.

Mais si "la géographie, ça sert à faire la guerre" (référence à l'ouvrage d'Y.Lacoste), ça peut tout aussi bien servir à faire la paix, si l'on sait tirer parti de la diversité plutôt que de la vivre seulement comme un terrain de jeux de pouvoir.

Depuis le partage du territoire familial jusqu'au partage des ressources planétaires, que ce soit à usage privé ou public, individuel ou collectif, temporaire ou définitif, les questions sont les mêmes, les modèles d'analyses et d'évaluation sont transposables ainsi que les diverses solutions inventées/à inventer par les individus et les sociétés.

La géographie, avec son regard global sur l'espace, prépare idéalement à la prise en compte des différents acteurs des conflits autour d'un espace donné, à la mise en évidence systémique des relations entre eux et au raisonnement sur l'emboîtement des espaces. Invitant à passer du contexte local à un contexte plus vaste, elle entraîne à s'interroger sur l'échelle qui semble pertinente pour résoudre un conflit.

Sur le plan méthodologique, les dispositifs de simulation sont idéaux pour explorer de telles situations et construire des modèles de références. Il convient aussi d'analyser des situations réelles qui concernent directement les élèves, à l'échelle de leur quartier ou de leur commune, à l'échelle régionale et à l'échelle nationale.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Décoder les mécanismes qui conduisent à la ségrégation spatiale
Objectif : Comprendre les liens entre clivages sociaux et ségrégations spatiales

Préambule
Les phénomènes d'exclusion relèvent de logiques économiques et sociales dominées par la "loi" du marché, mais fortement légitimées par des valeurs culturelles largement partagées au sein de la société, quel que soit le statut social, et y compris parmi les exclus. A trop souvent confondre émancipation sociale et ascension sociale, un certain idéalisme démocratique n'a fait que renforcer une mentalité dévastatrice : celle de souhaiter posséder toujours davantage. Le libéralisme (et ses valeurs) imprègne aujourd'hui excessivement notre culture, dans toutes les classes sociales, expliquant pour une bonne part l'immobilisme politique face au fossé grandissant entre une minorité de nantis qui s'enrichit chaque jour davantage alors que s'accroit la pauvreté économique et culturelle. Ne conviendrait-il pas dès lors de parler d'émancipation culturelle plutôt que sociale ?

L'émancipation culturelle repose d'abord sur l'identification de notre héritage avec la clarification des valeurs que nous véhiculons, bien souvent à notre insu. En parallèle, nous sommes face à une série de situations d'injustice que nous ne pouvons ignorer, proches de nous ou à l'autre bout de la planète. Auront-elles la force de nous interpeller et de nous inviter à devenir des citoyens plus responsables ? Auront-elles la force de nous mobiliser pour nous engager dans une lutte solidaire ? Si nous nous engageons à aider les

jeunes à ne pas être prisonniers de cette culture dominante qui les imprègne, nous devons, en tant qu'enseignants, d'abord effectuer ce travail pour nous-mêmes, sur nous-mêmes.

Comment, par la géographie, avoir des éléments pour se positionner par rapport à une série de situations d'injustice sociale ? Plus spécifiquement, comment expliquer les ségrégations spatiales de tous ordres ?

Ici, l'espace est à considérer comme le produit de processus socioculturels et à observer en termes de clivages : les régions en croissance et celles en déclin, les zones résidentielles riches et pauvres, les ghettos "belges" et "immigrés"... Plus proche des préoccupations des élèves, on peut penser à cartographier la criminalité, la qualité de l'environnement, le chômage, certains indicateurs de santé...

L'objectif du cours est de développer une compréhension critique des différents processus qui engendrent la ségrégation spatiale et de se poser sans relâche les questions du pouvoir sur le territoire (qui décide de quoi, pour qui, au nom de quoi, au bénéfice de qui ...). La construction de grilles de lecture plurielles est un préalable indispensable à toute préparation à l'action. A compléter par une analyse des pouvoirs des citoyens, individuellement ou collectivement, et par une évaluation des actions et des motivations des différents acteurs.

Capacités requises

Exemples de séquences pédagogiques

Webmaster : C. Partoune
Dernière mise à jour : 1999